Béatification, canonisation : les étapes pour devenir saint

DECRYPTAGE | Le pape François va canoniser ce dimanche, lors d'une même cérémonie, deux anciens souverains pontifes : Jean XXIII et Jean-Paul II. Les deux hommes - déjà béatifiés - vont obtenir le statut de saints, au terme d'un processus long et complexe. Explications.

(Wikimedia Commons / Maxppp)

"Santo Subito ! " Nous sommes le 2 avril 2005, sur la place Saint-Pierre de Rome. Jean-Paul II n'est décédé que depuis quelques heures que les fidèles massés près du Vatican réclament déjà la canonisation de l'ex-souverain pontife.

Dimanche 27 avril, soit à peine plus de neuf ans après cette disparition, le pape François s'apprête à répondre à la requête des milliers de catholiques qui, à Rome et dans le monde entier, ont émis le souhait de voir Karol Wojtyla devenir saint. Au cours d'une cérémonie publique qui se déroulera au Vatican, le pape argentin canonisera également un autre de ses prédécesseurs, le pape Jean XXIII.

D'abord la béatification, puis la canonisation

Dans l'Eglise catholique, seul le pape a le pouvoir de canoniser une personne dont la vie et les actes lui ouvrent les portes de la sainteté. Un sacre qui se fait en deux étapes, la personne devant auparavant être béatifiée.

La décision pontificale n'intervient qu'au bout d'un processus long et complexe, et qui débute dans le diocèse où le candidat est décédé. Un groupe de fidèles - appelé Acto Causae - s'adresse à un prêtre - un postulateur - pour qu'il dépose une demande auprès de l'évêque de ce diocèse.

Ce dernier, après avoir analysé les pièces du dossier - écrits, preuves de miracles - va formuler, environ deux ans après, une requête officielle auprès de la Congrégation des causes des saints, qui se tient au Vatican. Si la Congrégation juge que le candidat mérite d'être canonisé, elle donne son accord - la nulla ostra - et commence l'évaluation des preuves : c'est le contrôle de la légitimité, une étape qui peut durer une douzaine d'années.

Pas de miracle, pas de saint

Précision importante : il n'y a ni béatification, ni canonisation sans miracle. C'est pourquoi un groupe de médecins et de théologiens se penchent sur des actes prétendument miraculeux, pour les évaluer. 

Si un miracle est avéré et que la vie du candidat est jugé vertueuse, le pape autorise un décret de béatification, et la date de la cérémonie est fixée. Pour Jean-Paul II, elle a eu lieu le 1er mai 2011, alors que Jean XXIII avait été béatifié par le pape polonais le 3 septembre 2000.

Ensuite, si un second miracle est avéré, une cause en sanctification est ouverte, qui mène à la canonisation. Au total, l'ensemble de la procédure peut prendre des années, voire des siècles comme ce fut le cas pour Jeanne d'Arc, brûlée vive en 1431 et canonisée en 1920, comme l'explique le site internet de La Croix .

Les miracles des deux futurs saints

Pour devenir saint, il faut donc avoir réalisé deux miracles : un pour être béatifié, et un second pour être canonisé.

Dans le cas de Jean-Paul II, les deux miracles qui vont lui permettre d'être canonisés dimanche ont eu lieu après sa disparition :

Le premier, c'est la guérison de la nuit du 2 au 3 juin 2011 de la Soeur Marie Simon-Pierre, âgée de 44 ans, brusquement guérie de la maladie de Parkinson. Le second date de la même année : victime d'un anévrisme cérébrale, la Costaricienne Floribeth Mora avait été guérie alors qu'elle suivait la cérémonie de béatification de Jean-Paul II à la télévision.  Quand au pape Jean XXIII, un seul miracle aura permis sa béatification et sa canonisation, comme le rappelle le Point : la guérison d'une religieuse italienne, Soeur Caterina Capitani, de la congrégation des Filles de la charité. Donnée pour morte après une opération en vue de l'ablation d'une tumeur à l'estomac, la femme avait survécu après avoir adressé ses prières au souverain pontife.

De plus en plus de canonisations

L'événement que constitue cette double canonisation permet de préciser que les proclamations de sainteté sont en hausse constante : lors des trente dernières années, la Congrégations a produit plus de saints que durant les trois siècles précédents : 500 depuis 1978, contre 302 entre 1574 et 1978.

Avec 482 canonisations entre 1978 et 2005, Jean-Paul II s'affirme même comme un champion de la catégorie, lui qui avait simplifié en 1983 une procédure inchangée depuis six siècles avec la constitution Divinus perfectionis Magister , qui simplifiait la canonisation et a permis de donner un nouvel élan au culte des saints.

Ainsi, de 50 ans en 1917, le délai pour entamer une enquête après la mort d'une personne est passé à cinq ans. Et dans le cas de Jean-Paul II, ce délai a même été abrogé par Benoît XVI, pour répondre aux demandes des fidèles.