Un climat homophobe a peut-être coûté les JO à Almaty

Pékin vient d'obtenir les JO d'hiver 2022. Une polémique sur l'homophobie entourait une autre candidate, la ville kazakhstanaise Almaty.

Le président du Comité international olympique Thomas Bach serre la main aux membres de la délégation kazakhstanaise après l\'annonce de la victoire de Pékin.
Le président du Comité international olympique Thomas Bach serre la main aux membres de la délégation kazakhstanaise après l'annonce de la victoire de Pékin. (MOHD RASFAN / POOL / AFP)

Le 31 juillet, le Comité international olympique (CIO) a révélé la ville-hôte des Jeux olympiques d’hiver en 2022- Pékin. Budget serré, expérience des JO d'été 2008… Autant d'arguments qui ont sans doute fait basculer le choix du jury (44 voix contre 40 et 1 abstention). Deux candidats étaient en lice : la capitale chinoise et Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, jusqu'au bout confiante en ses chances. Peu avant la prise de la décision, l'ONG américaine de défense des droits de l'homme Human rights watch a dénoncé dans un rapport le climat homophobe au Kazakhstan, contraire à la Charte olympique, qui a pourtant rejeté une loi anti-propagande gay pour pouvoir accueillir les Jeux. 
 
Fin 2014, le Comité international olympique a adopté des réformes en amendant le précédent texte de la Charte. « Une de ces modifications était une clause spécifique sur la non-discrimination. Cela signifie que la ville d’accueil ne peut pas discriminer sur un certain nombre de facteurs, qui incluent très précisément l’orientation sexuelle », explique Kyle Knight, chercheur de Human rights watch spécialisé sur les questions des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT).

Pour son rapport sur l’homophobie au Kazakhstan intitulé «C’est alors que j’ai réalisé que je n’étais personne», le chercheur a eu des entretiens avec des homosexuels, des psychologues, des militants et des agents sociaux et médicaux.

Climat de peur pour les homosexuels 
Les personnes homosexuelles ont témoigné au chercheur de ne pas seulement être agressées, verbalement ou physiquement, mais aussi d'avoir le sentiment de ne jamais pouvoir profiter d’une protection quelconque : «Face à la violence et la discrimination, ils sentent qu’ils n'ont nulle part où aller. Il n’y a pas de possibilité de témoigner, de tenter des recours ou d'obtenir simplement du soutien».

Kyle Knight cite le cas d’un jeune homme homosexuel agressé dans la rue. Il est arrivé sur le lieu où il avait été agressé avec les policiers. Quand ils ont compris que le jeune homme sortait d’une boîte de nuit pour gays, il s’est vu refuser l’aide de la police.

La peur et le désespoir débouchent sur l’inaction: «Quand je demandais : "pourquoi vous n’en parlez pas ? Pourquoi vous ne poursuivez pas cela en justice ?" La réaction était : "Pourquoi le faire ? Mon ami avait déjà essayé, pourquoi moi je le ferais ? Cela va juste me créer plus de problèmes, m’exposer davantage et me faire encore plus de peine". C’est là qu’on a compris le vrai sens de la peur au Kazakhstan. Les violences y sont naturellement noyées dans la honte, comme si les gens méritaient d’être traités comme ça. Il n'y avait aucun espoir de recours en justice. »

Dans le pays où, selon le rapport, il paraît presqu’impossible de révéler son orientation homosexuelle, début 2015 le parlement a fait passer un projet de loi anti «propagande de l’orientation sexuelle non-traditionnelle».

«Le langage dans ces projets de loi était similaire à celui utilisé en Russie en 2013 dans lesdites lois contre la propagande homosexuelle», détaille le chercheur. La Russie s’apprêtait alors à accueillir les JO d’hiver 2014. «Qu’est-ce que font ces lois ? Elles revendiquent la protection des enfants d’une information néfaste. Cela veut dire que tout ce qui mentionne les gens LGBT, leurs droits humains, leurs orientations et identités sexuelles peut être officiellement sanctionné par l’Etat. Les sanctions qui peuvent être infligées ne sont pas très claires, mais cela vise ouvertement à ancrer dans la loi le sens de discrimination, et à qualifier ce type d’information de propagande qui doit être sanctionnée. »

La Charte olympique et les dicriminations 
Ce projet de loi a finalement été rejeté en mai par le Conseil constitutionnel, qui l’a jugé non-conforme à la constitution et contenant des formulations floues et des divergences dans les versions en langues russe et kazakhe. De nombreux sportifs internationaux ont par ailleurs déclaré qu'ils auraient boycotté les Jeux à Almaty si la loi était adoptée. A en croire les médias kazakhstanais, le rejet du projet de loi anti-gay devait augmenter les chances de victoire d'Almaty.

Mais, comme le souligne Human Rights Watch, les membres du Conseil constitutionnel du Kazakhstan n’ont pas parlé du caractère discriminatoire de la législation rejetée. Rien donc n’empêcherait, d’après l’ONG, le Kazakhstan de proposer de nouveau un projet de loi de ce genre.

L
’ONG affirme avoir envoyé plusieurs lettres au Comité international olympique. Elle y incitait le Comité à s'assurer des engagements d’Almaty et de Pékin quant au respect de la Charte olympique interdisant toute discrimination «en raison de la race, la couleur, le sexe, l’orientation sexuelle, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance ou toute autre situation».

Mi-juillet le CIO réagissait en soulignant qu’il est «fermement opposé à toute forme de discrimination dans le sport». Le Comité avait visité durant l’année les deux villes, Almaty en février et Pékin en mars. Avant l'annonce de la ville-hôte, il se déclarait «convaincu» que le Kazakhstan garantirait le respect de la Charte olympique, rapporte l’AFP. L’ONG américaine pointait que le CIO n’avait cependant aucun moyen de supervision.

Finalement c'est Pékin qui vient de remporter la compétition. Une décision tout de suite dénoncée par Human Rights Watch en raison de la question tibétaine.