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Qui tuera le plus de prisonniers? Le macabre concours des Khmers rouges

Le 2e procès des deux anciens bras droits de Pol Pot, Nuon Chea (89 ans) et Khieu Samphan (84 ans), se penche sur la persécution des minorités vietnamienne et musulmane de l’ethnie Cham. Un témoignage inédit évoque les concours entre des gardiens pour tuer le plus de prisonniers par heure. Un autre raconte les autodafés de Coran et les noyades collectives organisées par les Khmers rouges.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
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Sen Srun, ex-détenu, témoigne au procès des deux adjoints de Pol Pot, le 14 septembre 2015. (NHET SOK HENG / ECCC / AFP)

A 66 ans, Sen Srun raconte pour la première fois devant le tribunal de Phnom Penh les crimes dont il a été témoin. Des gardiens khmers rouges, dont certains n'étaient qu'adolescents, «faisaient des concours à celui qui tuerait le plus de personnes par heure. L'un d'eux a atteint un record avec 70 personnes tuées en une heure», raconte cet ex-prisonnier du Wat Au Trakuon, transformé en camp de détention pour des milliers de personnes, dans la province de Kampong Cham (nord-est).
 
Ces concours «étaient répandus», confirme Youk Chhang, directeur du Centre de documentation sur les atrocités des Khmers rouges (DC-CAM), basé à Phnom Penh. Les gardes khmers rouges étaitent, selon lui, soumis à un «lavage de cerveau».
 
Entre 1975 et 1979, d’autres exactions ont été commises dans plusieurs camps de travail et prisons dont le tristement célèbre centre S-21, à Phnom Penh, qui a donné lieu à un film de Rithy Panh: La machine de mort khmère rouge. Premier Cham à témoigner devant ce tribunal parrainé par l'ONU, It Sen a raconté, le 7 septembre 2015: «S'ils (les gardiens) nous entendaient parler cham, nous étions emmenés et tués.»

Noyades collectives de Cham
Agé de 63 ans aujourd'hui, il a perdu quatre membres de sa famille, dont sa femme et un enfant, sous le régime des Khmers rouges. S'il a réussi à s'enfuir et à échapper à la rafle, il a raconté avoir vu plusieurs dizaines de Chams être noyés dans une rivière.
 
Les Corans «étaient saisis dans les maisons et brûlés» et «ceux qui pratiquaient l'islam étaient arrêtés», raconte-t-il. Au-delà des exactions, le sexagénaire raconte les humiliations quotidiennes: «Tous les Chams étaient forcés de manger de la viande de porc. Certains d'entre nous ne le supportaient pas et vomissaient.»
 
Quelque 20.000 Vietnamiens et entre 100.000 et 500.000 Chams (sur un total de 700.000) ont été tués par le régime de Pol Pot, qui a fait au total quelque deux millions de morts. Nuon Chea et le chef de l'Etat du «Kampuchéa démocratique» Khieu Samphan assurent ne pas avoir été au courant d'atrocités commises localement.

Ces deux accusés ont déjà été condamnés à la prison à vie dans un premier procès qui avait débuté en 2011. Khieu Samphan et Nuon Chea ont été jugés responsables des atrocités commises entre 1975 et 1979 au nom d'une utopie marxiste délirante qui prétendait défaire la société de la contrainte de l'argent et bannir la religion. Ces deux haut-dirigeants comparaissent lors d'un deuxième procès, dont la première audience s'est tenue le 30 juillet 2014. Scinder l'instruction en plusieurs «mini-procès» a pour objectif d'obtenir un verdict avant la mort des accusés.



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