Le procès de Bo Xilai est-il "réglé comme du papier à musique" ?

L'homme politique chinois nie avoir reçu des pots-de-vin. Le Parti communiste joue son image dans ce procès millimétré, qui s'est ouvert jeudi à Jinan, dans l'est de la Chine.

L\'ex-dirigeant communiste chinois Bo Xilai lors de son procès au tribunal populaire de Jinan (Chine), le 22 août 2013.
L'ex-dirigeant communiste chinois Bo Xilai lors de son procès au tribunal populaire de Jinan (Chine), le 22 août 2013. (AFP PHOTO / JINAN INTERMEDIATE PEOPLE'S COURT)

"Le prince rouge" déchu. Bo Xilai comparaît, jeudi 22 août, devant le tribunal populaire de Jinan, dans l'est de la Chine. L'ex-ponte du Parti communiste chinois (PCC) est jugé pour "abus de pouvoir", "corruption" et "détournement de fonds". Mais un expert cité par Le Figaro évoque un "procès politique". Une charge que les autorités chinoises ont bien l'intention de taire au cours de ce procès millimétré.

Le correspondant de Libération à Pékin explique qu'en "Chine populaire, les purges politiques ont toujours été réglées comme du papier à musique". Bo Xilai, ancien chef du PCC de Chongqing, est accusé d'avoir touché 2,5 millions d'euros de pots-de-vin. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg : cet ancien homme fort du régime rêvait d'accéder au saint des saints, le comité permanent du PCC. Une ambition dangereuse. Il encourt aujourd'hui la peine de mort.

Les médias étrangers tenus à l'écart de la salle d'audience

Pour la presse chinoise, le Quotidien du peuple en tête, ce procès "démontre l'adhésion du Parti au principe de l'Etat de droit". Les médias étrangers, eux, se sont vus refuser l'accès à la salle d'audience – "par manque de place", rapporte le journaliste du Figaro. Le compte-rendu des débats, auxquels participent 110 personnes choisies par le tribunal, n'est donc accessible que par des messages diffusés par la cour pénale, selon l'AFP.

En Chine, les tribunaux populaires comme celui de Jinan sont directement sous la coupe des autorités communistes. "Tout le monde sait que ce procès ne porte pas sur la corruption, mais sur une lutte de pouvoir. Il s'agit d'un procès politique où tout est décidé à l'avance. Il y a déjà un accord entre les Sept sur le verdict", explique Zhou Xiozsheng. Les Sept, ce sont les membres du comité permanent du PCC, au sommet de la pyramide du pouvoir chinois.

Des accusations "grotesques"

Cela n'empêche pas Bo Xilai de se défendre, en traitant de "menteur" un de ses accusateurs. Il remet également en cause les déclarations "grotesques" de sa femme, selon laquelle il aurait rempli de dizaines de milliers de dollars un des coffres-forts que partageait le couple.

La chute de Bo Xilai a été accélérée par les révélations du chef de la police de la ville, qui l'accusait de corruption. Sa femme a aussi été déclarée coupable du meurtre d'un Britannique qui jouait le rôle d'intermédiaire pour ses investissements en Occident.

A l'extérieur du tribunal, des partisans de Bo Xilai encadrés par "de très nombreux policiers en uniforme", selon l'AFP, clament leur attachement à cette figure déchue du pouvoir chinois. Fils d'un haut dirigeant communiste, il avait soutenu l'essor de Chongqing, une ville de 33 millions d'habitants devenue centre économique. Et pour en arriver là, il a fait tomber des têtes. "Même ses alliés avaient peur de lui", conclut un sinologue américain interrogé par Libération.