Le président du Turkménistan réélu à près de 98% des voix : "Il s'est fondu dans le moule du dictateur classique"

Après deux mandats, Gourbangouli Berdimoukhamedov est réélu une troisième fois à la tête du Turkménistan avec près de 98% des voix. Cela prouve, pour le spécialiste Samuel Carcanague interrogé sur franceinfo, que ce pays reste une dictature.

Le président sortant Gourbangouli Berdimoukhamedov, est allé voter pour l\'élection présidentielle, le 12 février 2017.
Le président sortant Gourbangouli Berdimoukhamedov, est allé voter pour l'élection présidentielle, le 12 février 2017. (IGOR SASIN / AFP)

Le président du Turkménistan a obtenu un troisième mandat consécutif, lundi 13 février, avec 97,7% des voix. Une élection qui était "jouée d'avance", selon Samuel Carcanague, chercheur à l'institut de relations internationales et stratégiques, et spécialiste de l’espace post-soviétique.

Huit candidats se sont présentés à l'élection présidentielle de ce pays d'Asie centrale, mais Gourbangouli Berdimoukhamedov était le grand favori. Il avait déjà remporté le scrutin de 2012 avec 97,1% des voix. "C'est un des pays les plus fermés de la planète, et cela ne s'arrange pas", a expliqué Samuel Carcanague lundi 13 février sur franceinfo.

franceinfo : Quels sont les signes qui montrent que le Turkménistan est une dictature ?

Samuel Carcanague : Il n'y a aucun média indépendant, par exemple. La population a maintenant un léger accès à internet, mais cet accès est extrêmement contrôlé. D'ailleurs, absolument tous les médias, qu'ils soient écrits ou audiovisuels, sont contrôlés par l'État.

Le président Gourbangouli Berdimoukhamedov est d'ailleurs dans la continuité de son prédécesseur, le premier président du pays.

Ce premier président était arrivé au pouvoir en 1991 avec plus de 99% des voix. Il est décédé en 2006 et il a été remplacé par le président actuel Gourbangouli Berdimoukhamedov, qui était son dentiste, puis son ministre de la Santé. (...) [Au début], on a eu l'impression que celui-ci ferait des réformes en faveur d'une légère libéralisation, mais, en réalité, il s'est fondu dans le moule du dictateur classique avec un culte de la personnalité extrêmement important. Il a fait construire des palais et des statues en or à son effigie, par exemple (...).

Une cérémonie à Ashgabat, la capitale du Turkménistan, le 25 mai 2015, devant le premier monument à l\'effigie du président Gourbangouli Berdimoukhamedov.
Une cérémonie à Ashgabat, la capitale du Turkménistan, le 25 mai 2015, devant le premier monument à l'effigie du président Gourbangouli Berdimoukhamedov. (IGOR SASIN / AFP)

Comment en est-on arrivé à cette situation ?

Le Turkménistan est une ancienne république soviétique. En 1991, c'est le président Saparmyrat Nyyazow qui prend le pouvoir. Il était d'ailleurs déjà au pouvoir avant l'indépendance. Il sera président une quinzaine d'années, forgeant un culte de la personnalité extrêmement fort. Il a même écrit un livre qui est une sorte de Bible locale, il a fait construire aussi des statues qui suivaient le soleil en permanence... Mais le pays est devenu assez riche grâce au gaz. Son principal client est la Chine.

Comment vit la population ?

En PIB par habitant, les habitants sont plutôt riches par rapport au reste de la région. Mais en réalité, le niveau de développement est assez faible. L'argent provient de l'exploitation du gaz, cela produit beaucoup de richesses, mais très peu de gens en profitent. Ce sont surtout les membres de l'élite au pouvoir. (...) Il y a malgré tout quelques infrastructures qui sont construites, mais qui ne correspondent pas toujours aux besoins de la population. De plus en plus, les services publics qui étaient assurés par l'État grâce à cet argent, sont en déshérence. La population risque donc de souffrir de plus en plus de ce ralentissement économique.

Samuel Carcanague, chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’espace post-soviétique, explique à franceinfo pourquoi le Turkménistan est toujours une dictature.
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