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Indonésie: «Le créateur n'est pas dur d'oreille»

Un musulman de Banda Aceh a réussi à faire baisser le volume sonore… des haut-parleurs d’une mosquée. Du jamais vu dans le plus grand pays musulman du monde, où l’on trouve quelque 800.000 mosquées. Mais sa plainte lui a valu des menaces de mort.
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France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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Acehnese Sayed Hasan en train de livre un livre musulman dans sa maison à Banda Aceh, le 25 février 2013. (AFP - CHAIDEER MAHYUDDIN)
En décembre 2012, Sayed Hasan Sayed Asan, 75 ans, avait porté plainte contre une mosquée de Banda Aceh, capitale de la très conservatrice province d’Aceh (nord-est de l’île de Sumatra), la seule à appliquer la loi islamique en Indonésie. Une loi sur laquelle veille une police dite de la «moralité».

Le septuagénaire, qui se dit malade, avançait que les cinq appels quotidiens à la prière , l’empêchaient de mener une vie normale. Le premier de ces appels, qui peuvent durer une heure, est lancé à 4h30 du matin. Sayed Hasan ne supportait plus la récitation prolongée de versets du Coran. Il pense par ailleurs que le bruit intempestif de la mosquée incriminée a certainement perturbé ses propres prières.

L’affaire a soulevé la colère de ses coréligionnaires. «Parmi tous les gens qui habitent dans les environs de la mosquée, pourquoi est-il le seul à se sentir gêné par le bruit ?», a déclaré le responsable d’une mosquée locale, cité par The Djakarta Post (journal qui entend «promouvoir une société civile plus humaine en Indonésie»). «Les voisins ont besoin d’un volume sonore important qui leur donne l’heure pour qu’ils puissent faire leurs prière quotidiennes», a-t-il ajouté.

Sayed Hasan a dû se rendre chez le maire adjoint de la ville et des autorités musulmanes. Il raconte aussi avoir «été menacé de mort par une foule en colère». Et de poursuivre : «On m’a obligé à retirer ma plainte. Mais après que j’y eus renoncé, le volume sonore des hauts parleurs de la mosquée a été réduit de moitié». L’imam du lieu de culte a, semble-t-il, pris la décision de retirer quatre des dix hauts-parleurs.

«La nouvelle a fait les choux gras de la presse indonésienne», rapporte une dépêche de l’AFP (même si les journaux en ligne citent souvent la même dépêche en anglais). Il faut dire qu’une telle nouvelle est inédite dans un pays où le sujet est tabou. De nombreux habitants sont quotidiennement réveillés par des appels à la prière lancés en même temps par plusieurs mosquées. Et nombre de ces édifices religieux imposent à leur voisinage la diffusion d’évènements religieux qui durent des journées entières.

La mosquée de Banda Aceh dont les haut-parleurs perturbaient la vie de Acehnese Sayed Hasan... (AFP - CHAIDEER MAHYUDDIN)

Jusqu’à présent, seuls quelques Occidentaux avaient osé, à leurs dépens, contester publiquement le niveau sonore des appels à la prière. En 2010, un ressortissant américain, gérant de chambres d’hôtes sur l’île de Lombok, s’était mis en colère et avait arraché le câble des hauts parleurs de la mosquée voisine. Mal lui en a appris : il a été condamné à cinq mois de prison pour blasphème.

«Une forme de terrorisme de la pire espèce»
Dans l’affaire de Banda Aceh, le plus étonnant pour des Occidentaux, c’est la tonalité très critique que l’on trouve dans les réactions d’internautes postées sur le site du journal indonésien The Jakarta Post.

«Cet inutile cacophonie venue des haut-parleurs de mosquées est quelque chose de typiquement indonésien, qui n’a rien à voir avec le son magnifique qu’on peut entendre près des mosquées au Proche-Orient», explique ainsi un commentaire signé Sanna.

Pour Tami, «ceux qui se vantent d’être de pieux musulmans devraient comprendre qu’en dehors du fait que le Créateur n’est pas dur d’oreille, comme beaucoup à l’évidence le croient, le simple fait de torturer des auditeurs sans défense avec des prières trop bruyantes et (…) peu mélodieuses, et avec des récitations du Coran est une forme de terrorisme de la pire espèce qui ne fait qu’abîmer la bonne image de l’islam.»
 
Ce bruit est «un sérieux problème dans la plupart des villes et grandes villes d’Indonésie», estime le commentaire de Ian Shaw. «Ces haut-parleurs ne sont pas indispensables, j’en suis sûr. Il faudrait une législation pour obliger à diminuer le bruit». Quant à Brien, il conclut : «Les religieux convenables devraient condamner ces gens qui profèrent des menaces de mort. Mais cela n’arrivera pas. Je me demande bien pourquoi»

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