Thaïlande : pourquoi la situation reste tendue

L'annonce de la prochaine inculpation de la Première ministre thaïlandaise intervient alors que de violents heurts ont eu lieu à Bangkok entre police et opposants au gouvernement, faisant plusieurs morts, dont un policier.

Des manifestants renversent un fourgon des forces de l\'ordre à Bangkok, en Thaïlande, le 17 février 2014.
Des manifestants renversent un fourgon des forces de l'ordre à Bangkok, en Thaïlande, le 17 février 2014. (ATHIT PERAWONGMETHA / REUTERS)

Les manifestants réclament la chute du gouvernement thaïlandais depuis trois mois. De violents heurts ont eu lieu, mardi 18 février à Bangkok (Thaïlande), entre la police et des manifestants qui réclament la chute du gouvernement depuis plus de trois mois. Ces violences ont fait deux morts et 60 blessés, selon un nouveau bilan des secours. La police avait annoncé précédemment la mort de l'un des siens, tué par balle.

Selon le centre de secours Erawan, qui a confirmé ce décès, un civil est également mort d'une blessure à la tête. Il n'a pas pu préciser si la victime était un manifestant. Soixante personnes ont aussi été blessées. France tv info vous détaille ce que l'on sait de la situation en Thaïlande.

Pourquoi la police hausse-t-elle le ton ?

La police thaïlandaise a lancé mardi une nouvelle opération pour reprendre des sites occupés par les manifestants qui réclament la chute du gouvernement, arrêtant des dizaines de personnes pour la première fois depuis le début de la crise, à l'automne. Une centaine de manifestants ont été interpellés dans le complexe du ministère de l'Energie pour violation de l'état d'urgence en vigueur à Bangkok depuis le 22 janvier, a précisé le chef du Conseil de sécurité nationale Paradorn Pattanatabut.

C'est la première fois depuis le début du mouvement, il y a trois mois et demi, que les autorités arrêtent autant de manifestants qui ont occupé ou assiégé de nombreuses administrations et ministères.

Le gouvernement de la Première ministre Yingluck Shinawatra a en effet largement privilégié l'évitement entre police et manifestants pour limiter les violences qui ont déjà fait onze morts. 

Que réclament les manifestants ?

Les manifestants, dont le nombre s'est nettement réduit ces dernières semaines, réclament, outre le départ de la Première ministre Yingluck Shinawatra, la fin de l'influence de son frère Thaksin, ancien Premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006. Thaksin Shinawatra est accusé de tirer les ficelles depuis son exil.

Depuis ce putsch, la Thaïlande est engluée dans des crises politiques à répétition. Tour à tour, les ennemis et les partisans de Thaksin descendent dans la rue. Ainsi, en 2010, jusqu'à 100 000 "chemises rouges" fidèles au milliardaire ont occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la démission du précédent gouvernement, avant un assaut de l'armée, qui était autorisée à tirer à balles réelles.

Yingluck semble vouloir à tout prix empêcher une répétition de cet épisode qui avait fait plus de 90 morts et 1 900 blessés.

Pourquoi la crise s'aggrave ?

Pour tenter de sortir de la crise actuelle, Yingluck Shinawatra avait convoqué des législatives anticipées le 2 février. Mais les élections n'ont pas eu l'effet escompté.

Les manifestants, qui veulent remplacer le gouvernement par un "Conseil du peuple" non élu, ont en effet fortement perturbé le scrutin. Résultat : aucun résultat n'a été annoncé, alors que deux nouvelles journées de vote sont prévues fin avril. Sans réunion d'un nouveau parlement, le gouvernement est condamné à expédier les affaires courantes. Et avec des pouvoirs limités, il est, selon les analystes, plus vulnérable à un nouveau "coup d'Etat judiciaire", dans un pays où la justice a déjà chassé deux gouvernements pro-Thaksin, en 2008. 

Pourquoi l'étau se resserre autour de la Première ministre ?

La Première ministre fait face, d'autre part, à des manifestations de riziculteurs qui n'ont pas été payés depuis plusieurs mois pour les récoltes vendues au gouvernement dans le cadre d'un programme de subventions controversé.

La commission anticorruption thaïlandaise a annoncé, mardi, qu'elle allait inculper la Première ministre, Yingluck Shinawatra, pour négligence en liaison avec un programme d'aides aux riziculteurs, une procédure qui pourrait mener à sa destitution. La commission a précisé, dans un communiqué, que Yingluck avait ignoré les avertissements prévenant que le programme engendrait corruption et pertes financières.

Le programme d'aide aux riziculteurs, qui a conduit le gouvernement à acheter la céréale aux paysans jusqu'à 50% au-dessus du prix du marché, avait contribué à la large victoire de Yingluck Shinawatra aux élections de 2011. Mais les subventions font aujourd'hui l'objet de toutes les critiques, ajoutant encore un peu plus de pression sur un gouvernement qui se débat depuis plus de trois mois avec une crise politique que les élections chaotiques du 2 février n'ont pas apaisée.

Les détracteurs du programme l'accusent d'avoir entraîné une corruption massive, porté un coup aux finances publiques, fait perdre au royaume sa place de premier exportateur mondial de riz et créé un stock d'invendus estimé à 18 millions de tonnes.