Thaïlande : le parti de la junte militaire en tête des législatives

Il s'agit des premières législatives organisées dans le pays depuis le coup d'État de la junte militaire en 2014. Cette victoire donne de bonnes chances aux généraux de garder la main sur l'exécutif. 

Un soldat thaïlandais dépose son bulletin de vote à Bangkok pour les élections législatives en Thaïlande, le 24 mars 2019. 
Un soldat thaïlandais dépose son bulletin de vote à Bangkok pour les élections législatives en Thaïlande, le 24 mars 2019.  (LILLIAN SUWANRUMPHA / AFP)

Le parti de la junte militaire au pouvoir en Thaïlande est arrivé, dimanche 24 mars, en tête du vote populaire aux premières législatives organisées depuis le coup d'État de 2014, juste devant l'opposition. Selon des résultats préliminaires, sur la base de 93% des bulletins de vote dépouillés, plus de 7,6 millions d'électeurs thaïlandais ont voté pour le parti de la junte, le Palang Pracharat, selon la commission électorale. Arrive juste derrière lui le plus grand parti d'opposition, le Pheu Thai, avec 7,1 millions de voix.

Le nombre de sièges obtenus par chaque parti ne sera révélé que lundi par la Commission électorale, le vote populaire ne donnant qu'une tendance générale : les 500 sièges de députés sont attribués en vertu d'un système électoral complexe, non proportionnel au nombre de voix. A première vue, cela ressemble cependant à un revers pour le Pheu Thai, le principal parti d'opposition et celui de l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra. 

Revers pour les "rouges" 

Depuis des années, la Thaïlande est profondément divisée entre des factions favorables à la famille influente des Shinawatra (les "rouges") et une élite conservatrice alignée sur l'armée (les "jaunes") qui se présente comme un gage de stabilité et de protection de la monarchie.

Les généraux, qui ont mis en place des politiques de subventions aux agriculteurs et aux plus âgés pour s'attirer leurs voix, entendent bien conserver le pouvoir. Prayut Chan-O-Cha, chef de la junte, s'est aménagé un avantage confortable avec une Constitution, adoptée en 2016, qui donne aux militaires le pouvoir de nommer les 250 membres du Sénat. Il suffit donc au Phalang Pracharat, le parti pro-junte, d'obtenir 126 sièges sur les 500 que compte la Chambre des représentants pour garder le contrôle du pays. Les autres mouvements politiques devront quant à eux gagner 376 sièges pour pouvoir former un gouvernement.

Populaires dans les régions rurales et pauvres peuplées du nord et du nord-est, les partis "rouges" ont remporté toutes les élections depuis 2001, mais ils sont privés sur le terrain de leurs figures emblématiques : Thaksin Shinawatra et sa soeur Yingluck, évincés par des coups d'Etat en 2006 et 2014, vivent en exil pour échapper à des poursuites qu'ils jugent politiques. Autre coup dur pour le clan Shinawatra, un parti très proche, le Thai Raksat Chart, a été dissous en février par la Cour constitutionnelle et ses dirigeants bannis de la vie politique pour dix ans. Ils ont été jugés coupables d'actes "hostiles envers la monarchie" pour avoir proposé la sœur du roi, la princesse Ubolratana, comme candidate au poste de Premier ministre.