Corée du Sud: STX en vente, la construction navale prend l’eau

Les chantiers navals de Saint-Nazaire en France sont à vendre. STX, la maison mère, veut récupérer du cash. Car rien ne va plus dans la construction navale coréenne, et la crise s’étend au secteur bancaire du pays, très sollicité par les constructeurs de navires.

Chantiers navals Hyundaï à Ulsan en Corée du Sud.
Chantiers navals Hyundaï à Ulsan en Corée du Sud. (KIM JAE-HWAN / AFP FILES / AFP)

Depuis 2008, STX a un pied en France, entre Loire et océan Atlantique, comme propriétaire du chantier naval de Saint-Nazaire. Mais l’ogre coréen, qui semblait vouloir avaler toute la concurrence il n’y a pas dix ans, est très malade. Victime de la concurrence, d’une baisse des commandes et de graves problèmes de gestion, STX doit se restructurer.
«Il est regrettable que nous ayons décidé de nous séparer de STX  France, mais c'était nécessaire car nous avons un besoin urgent de liquidités», a déclaré à l’AFP Kong Doo-Pyoung, porte-parole du groupe.
 
STX croule sous une dette de 243 millions d’euros. Pour éviter la faillite, l’entreprise va devoir tailler dans les effectifs et vendre ses fleurons. Depuis 2013, les banques ont pris le contrôle et ont déjà épongé plus de trois milliards d’euros de dettes.
 
Un secteur malade
Si le numéro quatre coréen ne va pas bien, les trois leaders Samsung, Daewoo et Hyundaï, ne sont pas en reste. A eux trois, selon RFI, ils cumulent des pertes évaluées à 6,6 milliards d’euros. Dans les chantiers navals, l’heure est aux suppressions d’emplois. On en attend 60.000 d’ici à 2017.
 
Dans les années 1980-1990, la Corée du Sud détenait 70% du marché de la construction navale. Aujourd’hui, ce fleuron de l’économie est menacé. Au premier semestre 2016, les commandes de bateaux ont atteint un plus bas depuis 20 ans. Aujourd’hui, les Coréens ne sont plus que troisièmes du secteur, derrière les Japonais et surtout les Chinois qui ont engrangé 45% des commandes mondiales.
 
Le ralentissement de l’économie mondiale, la chute de la demande de pétrole, ont réduit les besoins en navires spécialisés : porte-conteneurs, pétroliers et plateformes de forage. La concurrence de la Chine a fait le reste, grâce à de la construction à bas coût de bateaux très basiques.
 
Aussi, selon Les Echos, l’annonce d’une commande d’un bateau est célébrée avec soulagement dans toute la Corée, à l’image des commandes de paquebots qu’obtiennent les Chantiers de l’Atlantique en France.
 
Les armateurs également en crise
L’Etat coréen est donc intervenu pour remettre de l’ordre. Il a promis 9 milliards d’euros au secteur en échange d’un vaste plan de restructuration. Mais décidemment rien ne va plus dans l’économie maritime coréenne. Le premier armateur du pays, Hanjin, a été placé en redressement judiciaire. Sa dette s’élève à près de 5 milliards d’euros. Une gestion risquée dans un contexte difficile ont précipité la chute.
 
Porte-conteneur Hanjin
Porte-conteneur Hanjin (SIPA)

On considère que le quart des capacités mondiales de chargement n’est pas utilisé. Et la surcapacité mondiale a entraîné un effondrement des tarifs. L’affrètement d’un cargo est passé de 200.000 dollars par jour en 2008 à moins de 5000 aujourd’hui, selon la maison de courtage JLT Speciality citée par l’AFP.
 
Le cercle vicieux est donc bien en place. Si le commerce international s’effondre, l’affrètement accompagne la tendance, et il y a moins de bateaux à construire. A ce rythme, la Corée risque de connaître ce qu’elle a fait vivre à l’Europe à la fin du XXe siècle: la mort de sa construction navale.