Vagues de glace dans les Grands Lacs, "un phénomène exceptionnel"

Une dizaine de maisons ont été détruites par une nappe de glace rampante, à la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Explications d'un prévisionniste.

Capture d\'écran d\'une maison sous la glace, à Ochre Beach (Canada), samedi 11 mai 2013.
Capture d'écran d'une maison sous la glace, à Ochre Beach (Canada), samedi 11 mai 2013. (APTN / FRANCETV INFO)

Un bloc de glace qui donne l'impression d'être vivant et de grignoter la terre, petit à petit. Les images en provenance de la frontière entre les Etats-Unis et le Canada, dans la région des Grands Lacs, sont impressionnantes. La vague de glace a même détruit plusieurs maisons, samedi 11 mai. Francetv info a demandé à Etienne Kapikian, ingénieur prévisionniste à Météo France, de lui expliquer ces manifestations.

vidéo amateur / AP

Francetv info  : Ce phénomène a-t-il un nom ? 

Etienne Kapikian : Je n'en ai pas trouvé en français. Aux Etats-Unis, ils l'ont appelé "ice tsunami", le tsunami de glace, mais il ne s'agit pas d'un nom scientifique. On trouve aussi "lake ice drift" (glace de lac à la dérive). En français, on pourrait dire : submersion des littoraux par de la glace de lac.  

Ce phénomène est très rare, exceptionnel même, surtout en cette période de l'année et dans ces régions-là, dans l'extrême-nord des Etats-Unis et le sud du Canada. Entre l'importance de la couche de glace, et le fait que l'on soit au mois de mai, il s'agit d'un phénomène tout à fait remarquable. 

Comment l'explique-t-on ?

C'est assez simple au regard des conditions météorologiques des ces derniers mois et dernières semaines dans cette région des Grands Lacs. En effet, il a fait très froid jusqu'en mars-avril, avec des températures de 4 à 7 °C en-dessous des normales de saisons. Et surtout des gelées jusqu'au 25 avril. Ainsi, la glace n'a pas fondu et une couche très épaisse d'eau gelée se trouvait encore en surface des lacs. A titre indicatif, l'an dernier, l'exception avait eu lieu dans l'autre sens : tout avait fondu mi-mars. 

Cette année, cette longue période très froide a été suivie de deux coups de chauds assez brusques. On a presque sauté de l'hiver à l'été sans passer par la case printemps : la température a atteint jusqu'à 25 °C entre le 26 et le 30 avril, puis entre le 6 et le 9 mai, avec des nuits douces autour de 10 °C. Ainsi, la glace a été fragilisée, elle s'est liquéfiée et est devenue friable. 

Mais comment s'est-elle déplacée ?

En plus de ce chaud froid qui a permis à de gros blocs de glace d'être mobiles, on a observé, le week-end dernier, des vents de secteur nord-ouest assez forts et soutenus. Avec des vents moyens autour de 50km/h et des rafales allant jusqu'à 70 ou 80 km/h, la glace a été poussée vers la rive, et n'a pas été entravée car il n'y a ni digues, ni obstacle.