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Etats-Unis : Obama met en garde le Congrès contre le "shutdown", le blocage de l'Etat

Les parlementaires ont jusqu'à 6 heures du matin (heure française) pour s'accorder sur un budget provisoire et empêcher la paralysie de l'Etat fédéral, qui mettrait au chômage technique plus de 800 000 employés. 

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Barack Obama, le 30 septembre 2013 à Washington (Etats-Unis). (SAUL LOEB / AFP)

Ils ne savent pas s'ils reviendront travailler, mardi 1er octobre. Des centaines de milliers de fonctionnaires américains sont suspendus à l'accord que doivent trouver les élus du Congrès. Ces derniers ont jusqu'à mardi 1er octobre, 6 heures du matin (heure française), pour trouver un compromis sur un budget provisoire. Un accord qui empêcherait une paralysie partielle de l'Etat fédéral, appelée aussi "shutdown". Ce scénario n'est pas sans rappeler celui du mur budgétaire, évité de justesse fin 2012, début 2013.

Le Sénat américain (à majorité démocrate) a repris ses travaux à 20 heures, lundi, et a rapidement rejeté un projet de loi de finances que la Chambre des représentants (à majorité républicaine) avait adopté dans la nuit de samedi et dimanche. Les négociations repartent à la case départ, à quelques heures du début de l'exercice budgétaire 2014, avec le risque d'une paralysie des administrations de l'Etat fédéral à partir de mardi.

Après ce nouveau blocage, le président Barack Obama s'est exprimé depuis la Maison Blanche, mettant en garde le Congrès contre les risques d'une paralysie de l'Etat. "Le 'shutdown' aurait immédiatement un impact économique très réel sur les gens", a-t-il déclaré, avant de cogner sur les Républicains. "Une faction d'un parti ne peut pas paralyser tout l'Etat", a-t-il tonné. 

Francetv info vous décrypte cette nouvelle crise politique qui menace les Etats-Unis.

Pourquoi ça coince ?

Le dernier projet adopté par la Chambre des représentants proposait un budget pour les deux mois et demi à venir, ce qui donnait jusqu'au 15 décembre pour négocier un budget formel pour 2014. Mais, sous la pression des élus du Tea Party, deux amendements avaient été ajoutés au texte.

Les députés demandaient d'abord le report à 2015, au lieu de 2014, du principal volet de la loi de réforme du système de santé (appelée aussi Obamacare). Ils souhaitaient également la suppression d'une taxe sur les appareils médicaux créée pour financer cette loi. Une provocation, selon les sénateurs démocrates, qui ont donc refusé de toucher à l'une des réformes majeures du premier mandat de Barack Obama. Ce dernier a précisé que la loi prendrait effet mardi, comme prévu.

Qui est responsable du blocage ?

Députés et sénateurs se rejettent mutuellement la faute, en dénonçant l'intransigeance de l'adversaire.  "C'est le président qui dit qu'il fermera l'Etat fédéral si on ne lui donne pas tout ce qu'il veut sur 'Obamacare', a affirmé le sénateur républicain Rand Paul sur CBS. Pour moi, cela montre que le président est intransigeant et refuse tout compromis"En risposte, le sénateur démocrate Charles Schumer a fustigé, lundi sur MSNBC, l'attitude des républicains : "C'est de l'extorsion, pas du compromis"

Face à l'éventualité d'une paralysie fédérale, chaque camp a donc tenté de gagner préventivement la bataille de l'opinion publique. D'un côté, Barack Obama se souvient que Bill Clinton avait tiré profit d'une situation de blocage similaire et gagné l'élection présidentielle en 1996. De l'autre, les républicains misent sur le fait que la réforme du système de santé reste impopulaire dans la population américaine, selon Le Figaro.

Pour l'instant, 46% des Américains estiment qu'une fermeture des administrations serait la faute des républicains, tandis que 36% pensent que ce serait celle de Barack Obama, selon un sondage CNN/ORC International publié lundi. Les républicains, coincés par la base du parti, qui refuse pour l'instant le compromis explique Le Figaro, prennent donc de gros risques politiques.

Quels sont les risques pour les Etats-Unis ?

Un acte d'"automutilation", a estimé samedi le président Barack Obama dans son allocution hebdomadaire. Sans allocation de nouveaux crédits, les agences fédérales et administrations pourraient mettre en congé sans solde plus de 800 000 employés jugés non essentiels, réduisant au minimum l'effectif des administrations, comme le montre cette infographie du New York Times (en anglais)

Un précédent s'est produit au cours de l'hiver 1995-1996, sous la présidence Clinton. La crise avait duré trois semaines et les employés fédéraux avaient été interdits de travail, sous peine de lourdes sanctions. En revanche, le Congrès avait remboursé par la suite les jours de chômage technique. 

De nombreuses conséquences négatives pour le fonctionnement de l'Etat seraient alors à prévoir, comme le détaille Le Monde. De nombreuses administrations fonctionneraient au ralenti. Par exemple, en 1995-1996, plus de 200 000 demandes de passeport n'ont pas été traitées. Les marchés financiers subiraient des perturbations. Les parcs nationaux et les musées de Washington seraient fermés. Toutefois les dépenses sociales et celles concernant la sécurité publique ne seraient pas coupées.

Quelle sortie de crise ?

Un éventuel dénouement pourrait intervenir lundi soir avec un accord entre le Sénat et la Chambre, dans les dernières heures précédant l'échéance du "shutdown". Mais beaucoup disent ne plus y croire, comme le sénateur démocrate Richard Durbin sur la chaîne CBS.

Un dirigeant républicain de la Chambre, Kevin McCarthy, a toutefois laissé entendre dimanche que les républicains préparaient un nouveau plan de secours. "Je pense que la Chambre va se réunir et envoyer un autre texte pour éviter une fermeture et financer l'Etat fédéral, et il y aura quelques autres options que le Sénat devra examiner", a-t-il affirmé sur Fox News. Et ce, sans dévoiler la stratégie républicaine.

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