Mort de Descoings, directeur de Sciences Po : pas de "preuve d'acte criminel"

Le corps sans vie de l'universitaire a été retrouvé nu, sur le lit de sa chambre d'hôtel de Manhattan, par un membre du personnel. La police a ouvert une enquête.

Richard Descoings, le directeur de Sciences Po Paris, le 7 mai 2009 à Hérouville-Saint-Clair (Calvados).
Richard Descoings, le directeur de Sciences Po Paris, le 7 mai 2009 à Hérouville-Saint-Clair (Calvados). (MYCHELE DANIAU / AFP)

La police de New York a ouvert une enquête après le décès encore inexpliqué du directeur de l'Institut d'études politiques (IEP, Sciences Po) de Paris, Richard Descoings, mardi 3 avril. Agé de 53 ans, il a été trouvé nu, sur son lit, dans sa chambre de l'hôtel Michelangelo, à New York. La police a précisé qu'il n'y avait pas de "preuve d'acte criminel".

L'autopsie de son corps, dont le résultat a été rendu mercredi 4 avril dans la soirée, n'a pas été concluante. De nouveaux tests toxicologiques et de tissus sont nécessaires, a annoncé une porte-parole des services du médecin légiste à New York. Les résultats de ces examens ne seront pas connus avant "dix ou quinze jours". En attendant, l'enquête va se poursuivre.

Les circonstances de sa découverte encore troubles

Richard Descoings ne s'est pas présenté à la conférence de l'université de Columbia à laquelle il devait participer mardi matin. Des collègues ont donc appelé à son hôtel, selon une source policière. Lorsque des employés se sont rendus à sa chambre une première fois, ils ont cru l'entendre ronfler et n'ont pas insisté.

Selon le commissaire adjoint, le directeur de Sciences Po aurait même été vu vivant pour la dernière fois à 10h30, précisant qu'"il dormait". Les employés se sont de nouveau rendus devant la chambre vers 13 heures (19 heures, heure de Paris) et ont cette fois ouvert la porte. Ils l'ont retrouvé mort à ce moment-là.

Une chambre en désordre, mais pas de preuve d'acte criminel

La chambre était "en désordre", mais le corps ne portait pas de "signe évident de traumatisme", selon le chef adjoint de la police de New York, Paul Browne. Il a expliqué que les enquêteurs n'avaient pas de "preuve d'acte criminel".

Le désordre s'expliquerait par l'intervention du personnel médical qui a cherché à réanimer Richard Descoings. Dans un premier temps, le commissaire adjoint avait indiqué enquêter sur "la possibilité que d'autres personnes se soient trouvées dans la pièce à un moment donné", mais il s'est ensuite refusé à tout commentaire sur le sujet. Les enquêteurs n'ont toutefois pas écarté la possibilité qu'une autre personne se soit trouvée dans la chambre, ni l'hypothèse d'un suicide, selon l'agence Reuters.

L\'hôtel Michelangelo, à New York, où Richard Descoings a été trouvé mort, le 3 avril 2012.
L'hôtel Michelangelo, à New York, où Richard Descoings a été trouvé mort, le 3 avril 2012. (STAN HONDA / AFP)

La police attend les conclusions du légiste

Le policier a également semblé écarter l'hypothèse d'un cambriolage. Certains objets initialement manquants ont été retrouvés. Selon NBC, l'ordinateur portable et le téléphone du directeur de Sciences Po auraient été jetés par la fenêtre de sa chambre qui se trouvait au 7e étage, et retrouvés sur un palier du 3e étage. Une information confirmée par aucune source policière pour le moment.

Dans la nuit de mardi à mercredi, une source proche des forces de l'ordre, citée par l'agence Reuters, avait déclaré dans un premier temps que Richard Descoings serait mort dans des "circonstances suspectes" . 

Seize ans à la tête de Sciences Po Paris

En seize ans et quatre mandats à la tête de l'IEP de la rue Saint-Guillaume, Richard Descoings a profondément changé cette institution. Il l'a rendue accessible à des élèves de familles modestes, aux étudiants étrangers (40% du total actuel) et il a notamment créé six autres campus en France.

Ces derniers mois, Richard Descoings avait été critiqué pour la suppression de l'épreuve de culture générale au concours d'entrée de Sciences Po. Il avait aussi été la cible d'une polémique qui visait son salaire et sa prime variable, sur lesquels il s'était justifié dans un entretien à Libération, le 31 janvier.

"Un grand serviteur de l'Etat"

Richard Descoings devait représenter l'Europe dans une réunion de grands leaders d'universités, sous l'égide du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui s'est dit dans la soirée "profondément attristé" par sa disparition.

Le président Nicolas Sarkozy a salué "la carrière exceptionnelle d'un grand serviteur de l'Etat" après avoir appris la mort de Richard Descoings, qui était également conseiller d'Etat. "Il aura consacré toute sa vie à la cause qu'il s'était choisie et dont rien ne l'avait détourné : l'éducation", a ajouté le chef de l'Etat. Ce dernier avait chargé Richard Descoings, début 2009, d'engager une concertation pour préparer une réforme des lycées. Son rapport, remis en juin de la même année à l'Elysée, est à l'origine de la réforme appliquée à la rentrée 2010.