Quel bilan économique pour Barack Obama ?

L'économie domine très largement le débat de la campagne présidentielle américaine. Alors que le président est accusé de n'avoir pas su lutter contre la crise, FTVi fait le point sur quatre ans de politiques plus ou moins efficaces.

Barack Obama le 15 février 2012 à Milwaukee dans le Wisconsin (Etats-Unis), lors d\'un discours devant des employés de l\'usine Master Lock.
Barack Obama le 15 février 2012 à Milwaukee dans le Wisconsin (Etats-Unis), lors d'un discours devant des employés de l'usine Master Lock. (SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

C'est le sujet numéro un de la campagne présidentielle américaine : l'économie est au cœur des préoccupations des Américains pour l'élection du 6 novembre. Frappés de plein fouet par la crise, ceux-ci cherchent avant tout un candidat qui pourra les ramener sur le chemin de la prospérité et de l'"American dream"

Retrouvez ici les résultats de l'élection avec notre carte interactive.

Barack Obama doit défendre un bilan économique mitigé sur ce point, face à un adversaire qui met en avant son expérience de businessman. Mitt Romney accuse le président de n'avoir pas su redresser le pays. FTVi résume pour vous l'action du président sur trois sujets majeurs.

Les banques

Ce qu’il a trouvé en 2008. Les premiers pas de Barack Obama à la Maison Blanche sont indissociables de la crise financière. Le démocrate a été élu quelques semaines à peine après la faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008. Entre son élection en novembre et son investiture, le futur président suit de près les efforts de l’administration Bush pour tenter de contenir la crise. Il apporte son soutien au décrié Troubled Asset Relief Program (TARP), qui débloque 700 milliards de dollars (540 milliards d’euros) pour secourir les entreprises américaines en difficultés, institutions financières comprises.

Mais Barack Obama promet que le pays ne s’y laissera plus prendre : en 2009, la première ébauche de la loi de régulation financière, aujourd’hui connue sous le nom de Dodd-Frank, arrive au Congrès. "Je ne me suis pas présenté à la présidence pour venir en aide à quelques 'fat cat bankers' (littéralement, des banquiers qui font du gras) de Wall Street", lance le président le 13 décembre 2009 devant les caméras de CBS, dans une citation qui fera date.

Ce qu’il laisse en 2012. La loi Dodd-Frank, définitivement approuvée en juin 2010, crée trois nouvelles agences de régulation. Parmi elles, le Bureau of Consumer Financial Protection (bureau de protection du consommateur), qui oblige les banques à mieux informer les clients qui souscrivent à un crédit. Le texte impose des contraintes plus fortes aux établissements qui se livrent à des opérations financières jugées risquées et les oblige à anticiper les conséquences d’une éventuelle faillite.

La signature par Barack Obama de la loi de réforme financière Dodd-Frank, le 21 juillet 2010 à Washington (Etats-Unis).
La signature par Barack Obama de la loi de réforme financière Dodd-Frank, le 21 juillet 2010 à Washington (Etats-Unis). (ROD LAMKEY JR / AFP)

Mais il a aussi écopé de quelques aménagements par rapport à ses ambitions initiales. La "règle Volcker" en particulier, qui vise à limiter les investissements spéculatifs réalisés par les banques avec leurs propres fonds (et non pour le compte de leurs clients), a fait l’objet d’une âpre bataille livrée par les grandes banques. Beaucoup accusent l’administration Obama d’avoir fini par leur céder en assouplissant la règle initiale. Sans compter la version finale de la règle détaillée n’a toujours pas été livrée par les régulateurs... Son application pleine et entière n’interviendra pas avant juillet 2014.

Quatre ans après la crise, les six plus grandes banques américaines ont en tout cas retrouvé la santé : leur niveau de bénéfice est égal à celui d’avant-crise, rappelle Bloomberg. Un constat au goût amer pour les millions d’Américains toujours en difficulté.

Le logement

Ce qu’il a trouvé en 2008. L’éclatement de la bulle immobilière de 2007, qui a précédé la crise financière, a eu des conséquences tragiques. Nombre de familles américaines ont dû rembourser des emprunts devenus bien supérieurs à la valeur de leur bien. La hausse du chômage a encore aggravé la situation, et les saisies immobilières pour mensualités impayées se sont multipliées. Au plus fort du phénomène, début 2010, plus de 350 000 procédures par mois étaient lancées, touchant un foyer américain sur 138, selon le site spécialisé RealtyTrac.

Une maison à vendre à Brooklyn, dans l\'Etat de New York (Etats-Unis), le 12 juin 2012.
Une maison à vendre à Brooklyn, dans l'Etat de New York (Etats-Unis), le 12 juin 2012. (SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Ce qu’il laisse en 2012. Pour aider les familles en difficulté, l’administration Obama a préféré passer par les organismes de crédit plutôt que de débloquer des aides directes. Le Making Home Affordable Program instauré en 2009 a mis en place un cadre pour la renégociation des emprunts immobiliers. Les organismes prêteurs étaient encouragés à renégocier à la baisse les mensualités des emprunteurs en difficulté, en échange d’une compensation partielle de l’Etat.

Mais cette aide a été jugée largement insuffisante par beaucoup. Seuls environ un quart des quatre millions de foyers potentiellement concernés ont pu en bénéficier, rappelle le New York Times . Barack Obama lui-même a admis en 2011 que son gouvernement n’avait "pas fait assez" pour aider les propriétaires en difficultés. Mais la crise du logement demeure pour l’instant en arrière-plan de la campagne : les candidats l’ont à peine mentionné durant le premier débat, et elle figure rarement dans les attaques de la campagne Romney qui se concentrent sur l'emploi.

L’emploi

Ce qu’il a trouvé en 2008. Dès les premiers mois de la crise, le taux de chômage bondit. Pour tenter d’enrayer l’hémorragie, Barack Obama signe en février 2009 le American Recovery and Reinvestment Act, qui injecte 787 milliards de dollars dans l’économie américaine.

C’est l’une des premières mesures du président en exercice. Elle s’ajoute aux prêts consentis en urgence à l’industrie automobile par la précédente administration. A l’époque, l’équipe d’Obama explique que ce “stimulus” permettra de maintenir le taux de chômage en dessous des 8%. Perdu : le cap des 8% est atteint le mois même où la loi est passée. Il grimpe à 10% en octobre 2009, un record depuis 1983 et le double du niveau d'avant crise. 

Visite de Barack Obama à l\'usine Daimler Trucks North America de Mount Holly, en Caroline du Nord (Etats-Unis), le 7 mars 2012.
Visite de Barack Obama à l'usine Daimler Trucks North America de Mount Holly, en Caroline du Nord (Etats-Unis), le 7 mars 2012. (SAUL LOEB / AFP)

Ce qu’il laisse en 2012. Le chiffre a doucement baissé depuis, pour s’établir à 7,8% à deux mois des élections, selon les chiffres officiels du département du Travail. Mais c’est encore beaucoup trop pour un pays habitué à une situation de quasi plein emploi.

Son bilan sur ce sujet est la principale faiblesse de Barack Obama, et ses adversaires l’attaquent sans relâche sur le sujet. Pour eux, le plan de relance signé par Obama en début de mandat symbolise une politique économique qu’ils réprouvent : celle d’un Etat interventionniste, qui dépense l’argent des contribuables en vain.

Le camp Obama, lui, défend l’action du président tout en admettant, à l’instar de Bill Clinton à la convention démocrate, que beaucoup de chemin reste à faire. Si les bons chiffres de septembre ont donné un léger répit au président, il peine à changer les perceptions des Américains sur la situation.

Pour gagner le 6 novembre, il va devoir faire mentir une règle empirique de la présidentielle américaine : aucun président sortant n’a gagné depuis l’après-guerre avec un taux de chômage supérieur à 7,2%.