Haro sur les prothèses mammaires en Colombie

Les Colombiennes ne veulent plus avoir de gros seins et crient leur colère contre les implants mammaires et leurs corolaires d’accidents. Le procès en France contre le fondateur de l'entreprise Poly Implant Prothèse (PIP), Jean-Claude Mas, a boosté leur combativité.

Des chirurgiens retirent des prothèses mammaires dans une clinique de Medellin, en Colombie, le 5 avril 2013. 
Des chirurgiens retirent des prothèses mammaires dans une clinique de Medellin, en Colombie, le 5 avril 2013.  (AFP PHOTO / Raul ARBOLEDA)
Cette mode des seins sur-calibrés avait été largement cautionnée par les cartels de la drogue et ses barons, aficionados de la pornographie et de ses actrices aux formes très généreuses. De plus, une poitrine imposante était devenue le gage d’une ascension sociale.
 
En Colombie, ce sont près de 15.000 femmes qui souffrent de problèmes liés aux fuites d’un gel de silicone non-autorisé, utilisé par PIP dans ses prothèses, au coût dix fois moindre que celui aux normes. 4.000 d’entre elles sont des citadines de Medellin, l'ex-fief des puissants trafiquants de cocaïne.
 
Une avocate de 28 ans, Surany Arboleda, a lancé un mouvement de révolte contre Jean -Claude Mas et cinq dirigeants de l'entreprise française PIP, actuellement en procès en France, en amenant sur la place publique ce scandale international.
 
Avant sa liquidation en 2010, la société réalisait 84% de son chiffre d'affaires à l'export et principalement en Amérique Latine et en Europe de l'Ouest.
 
L’avocate, elle-même «accro» aux opérations de chirurgie esthétique, a subi une douzaine d’interventions. Cette fille d'une ex-parlementaire emprisonnée pour ses liens avec des milices paramilitaires avait défrayé la chronique en posant seins nus dans une revue, où elle déclarait a l’époque : «Une femme sans poitrine n'est pas une femme.»
 
Mais aujourd’hui, elle déclare : «Ce type mérite la prison, il a agi comme un terroriste, en mettant une bombe à retardement, une bombe atomique, dans nos corps.» Elle veut défendre les milliers de femmes victimes de Jean-Claude Mas et compte également attaquer les autorités sanitaires colombiennes pour avoir certifié la qualité des implants français.
 
Mais cette action risque d’avoir encore beaucoup de mal à convaincre celles qui adhèrent encore à cette forme d’esthétique.
 
La Colombie reste une inconditionnelle du scalpel et de sa chirurgie plastique. 250.000 interventions ont lieu par an, dont un tiers pour des implants mammaires. Les cliniques encouragent ces pratiques en fidélisant leurs clientes, les banques octroient des crédits spéciaux et des promotions sont offertes pour la fête des mères.
 
Depuis un an, le gouvernent colombien essaie d’éteindre le feu de cette contestation qui monte dans le pays. Une résolution a été votée en 2012, autorisant le retrait gratuit des implants.
 
En France, 5.100 porteuses d'implants PIP ont porté plainte mais, selon les autorités sanitaires, 30.000 femmes seraient en réalité concernées.
 
300 avocats seront présents à ce procès d’une ampleur exceptionnelle. Jean-Claude Mas et ses acolytes, seront jugés à partir du 17 avril 2013.