VIDEO. Mexique : comment le journaliste Javier Valdez a payé de sa vie ses enquêtes sur le narcotrafic

Le journaliste mexicain a été tué quelques semaines après avoir publié une interview de l'un des principaux barons de la drogue au Mexique. Forbidden Stories, un projet destiné à sécuriser le travail des journalistes, revient sur cette histoire. 

FORBIDDEN STORIES

"La ligne éditoriale, ce sont les narcotrafiquants qui la décident. Le journaliste n’a pas le choix. C’est ça ou la mort." Voilà ce que disait Javier Valdez au sujet de l’influence du crime organisé sur le journalisme au Mexique. Le 15 mai 2017, ce journaliste, l'un les plus respectés du pays, est tué en plein jour à Culiacán, la capitale de l'Etat de Sinaloa, sur la côte ouest.

Trois mois avant son assassinat, ce spécialiste du narcotrafic a publié dans l'hebdomadaire Riodoce une interview extrêmement sensible de Damaso Lopez, alias "El Licenciado", l’un des principaux barons de la drogue au Mexique. Les ennemis de Damaso Lopez ont tout fait pour empêcher la publication de cette interview. Leurs hommes de main ont acheté les 8 000 exemplaires du journal en kiosque. "Ils ont couru de point de vente en point de vente pour acheter les exemplaires. Il y en a énormément ! Plus de 300 points de vente !" raconte Andrés Villarreal, collègue de Javier Valdez.

"Si tu franchis la ligne, ils te tuent"

Pourquoi cette interview était-elle si dérangeante ? Javier Valdez s’est intéressé aux sales affaires du cartel de Sinaloa, l’une des organisations criminelles les plus puissantes au monde. Le cartel vend du cannabis, de la cocaïne et de l’héroïne dans près de 50 pays, grâce à un réseau de plus de 150 000 hommes. Ses profits sont estimés à 3 milliards de dollars par an.

Le 8 janvier 2016, Joaquín "El Chapo" Guzmán, le chef du cartel de Sinaloa et l’un des barons de la drogue les plus recherchés, a été capturé par l’armée mexicaine. Son arrestation marque le début d’une bataille sanglante entre deux camps pour le contrôle du cartel. D’un côté, "El Licenciado". De l’autre, les fils d’El Chapo, Iván et Alfredo Guzmán, connus pour étaler leur richesse sur les réseaux sociaux. Javier Valdez a interviewé leur pire ennemi : "El Licenciado". Une raison suffisante pour que le clan Guzmán ordonne son assassinat ?

Nous pensons qu’il y a un lien avec les fils d’El Chapo. C’est une évidence !

Andrés Villarreal, journaliste

à Forbidden Stories

Quelques jours avant l’interview, les fils Guzmán avaient accusé "El Licenciado" d’avoir tenté de les assassiner. Dans l’article, "El Licenciado" balaie ces accusations et se moque d’eux publiquement. Il les décrit comme "déboussolés" et "ivres de pouvoir". Pour Griselda Valdez, l'épouse de Javier Valdez, ce cas est représentatif de la difficulté que rencontrent les journalistes mexicains à traiter du narcotrafic. "Jusqu’où peut-on publier ? Que peut-on publier ? C’est une ligne quasi invisible. Si tu la franchis, ils te tuent", dit-elle. 

>> Forbidden Stories est un projet destiné à sécuriser les données des journalistes menacés dans le monde, afin de pouvoir poursuivre et publier leurs enquêtes en cas d’homicide ou d’arrestation. Forbidden Stories, dont franceinfo est partenaire, assure la survie des histoires, par-delà les frontières, par-delà les gouvernements, par-delà la censure. Pour davantage d’informations et pour soutenir le projet : la page Facebook, le compte Twitter et le site https://forbiddenstories.org.

Un homme tient une photo du journaliste mexicain assassiné Javier Valdez lors d\'une manifestation en sa mémoire à Mexico, le 16 mai 2017.
Un homme tient une photo du journaliste mexicain assassiné Javier Valdez lors d'une manifestation en sa mémoire à Mexico, le 16 mai 2017. (PEDRO PARDO / AFP)