Procès du narcotrafiquant "El Chapo" aux États-Unis : il "est sûrement tenu de ne rien dire s'il veut un jour sortir de prison"

Après 25 ans passés à la tête d'un puissant cartel de drogue au Mexique, le procès de Joaquín "El Chapo" Guzmán s'est ouvert lundi, à New-York. Un procès dont "il ne faut pas attendre de nombreuses révélations" selon un spécialiste interrogé sur franceinfo.

Le narcotrafiquant Joaquin \"El Chapo\" Guzman lors de son arrestation en janvier 2016, après une deuxième évasion.
Le narcotrafiquant Joaquin "El Chapo" Guzman lors de son arrestation en janvier 2016, après une deuxième évasion. (ALFREDO ESTRELLA / AFP)

Le procès du célèbre narcotrafiquant mexicain Joaquín Guzmán, surnommé "El Chapo", s'est ouvert lundi 5 novembre, à New York aux États-Unis et devrait durer quatre mois. Un procès XXL mais dont "il ne faut pas attendre de nombreuses révélations" selon Jean Rivelois, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), professeur à l'Université Paris 1 et Paris 3.

El Chapo est sûrement tenu de ne rien dire s'il veut un jour sortir de prisonJean Rivelois

Interrogé sur franceinfo lundi, ce spécialiste des phénomènes de violence et de corruption au Mexique pense qu'"une pression doit être exercée sur la famille de Joaquín Guzmán qui est restée au Mexique". Selon lui, "le juge doit également connaître les questions à ne pas poser au nom de l'impératif de la sécurité nationale". Jean Rivelois explique que la justice américaine "ne prend aucun risque, ni pour ce qui est de l'organisation du procès, ni pour ce que l'on pourrait attendre".

"Les narcotrafiquants nouent des alliances"

Jean Rivelois ne doute pas que "les preuves concernant l'organisation criminelle d'El Chapo sont nombreuses", "mais le plus intéressant" selon lui "serait de savoir comment un parrain de la drogue mexicain a pu tenir pendant au moins 25 ans"Selon lui, El Chapo n'a pas agi seul et aurait pu bénéficier d'une "protection des autorités politiques, policières, mexicaines et de la DEA chargée de lutter contre le trafic de drogue aux États-Unis"

Le chercheur à l'IRD explique que "l'impunité n'a jamais existé au Mexique" mais que "les narcotrafiquants nouent des alliances". Le pouvoir politique privilégierait ainsi un cartel par rapport à un autre, et réprimerait les autres organisations criminelle. Ce qui explique, d'après Jean Rivelois, que Joaquín Guzmán a plaidé non coupable. Selon lui, "El Chapo doit estimer qu'il n'est pas le seul responsable de l'organisation du trafic et veut démontrer sa co-culpabilité".

À qui profite (vraiment) le crime ?

D'après Jean Rivelois, de nombreuses questions resteront sans réponse à l'issue de ce procès "fleuve" de quatre mois. "Ce qui aurait pu être intéressant, ajoute-t-il, c'est de savoir où est passé l'argent ?". Selon lui, "ce n'est pas le Chapo Guzmán qui est le principal bénéficiaire du trafic de drogue entre l'Amérique du Sud et les États-Unis".

Le blanchiment des bénéfices de la drogue profite à des activités légales !Jean Rivelois

"L'argent est bien passé quelque part. Et là on parle de milliards de dollars !" s'offusque le chercheur qui qualifie Joaquín Guzmán de simple "intermédiaire" de ce trafic "qui consiste dans le blanchiment des bénéfices de la drogue". Un blanchiment dont on ne sait pas vraiment qui en profite selon Jean Rivelois qui estime qu'on ne le saura pas non plus à l'issue du procès.