Jour du dépassement : "Nos émissions de gaz à effet ne s'annulent pas d'une année à l'autre", alerte le WWF France

A partir de ce jeudi 29 juillet, l'humanité a consommé l'ensemble des ressources planétaires disponibles pour l'année et vit à crédit.

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Radio France
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Vue aérienne d'une zone déforestée dans la municipalité de Melgaco au Brésil le 30 juillet 2020. (TARSO SARRAF / AFP)

"Nos émissions de gaz à effet ne s'annulent pas d'une année à l'autre", a alerté jeudi 29 juillet sur franceinfo Arnaud Gauffier, directeur des programmes du WWF France, alors que ce jeudi est le jour du dépassement, jour où l'humanité a consommé l'ensemble des ressources planétaires. Arnaud Gauffier s'alarme également de voir l'Amazonie basculer "vers une savanisation progressive de cet écosystème". Le directeur des programmes du WWF France regrette par ailleurs que seulement "2 %" des plans de relance au niveau mondial "ont été fléchés vers la transition écologique et énergétique". "On a vraiment loupé le coche", affirme Arnaud Gauffier.

En regardant l'évolution du jour du dépassement, on constate une stabilisation depuis 2010. La détérioration était surtout entre 1985 et 2010. Est-ce que cette stabilisation est porteuse d'espoir ?

Arnaud Gauffier : Ce n'est pas porteur d'espoir. Il faut bien avoir en tête que la signification de ce jour du dépassement, c'est qu'à partir du 29 juillet, on commence à vivre à crédit. Si l'on prend l'exemple des océans et des poissons, cela veut dire qu'à partir d'aujourd'hui, tout le poisson que l'on va pêcher, cela va être de la surpêche. On va mettre à mal la capacité des stocks de poissons à se régénérer. Donc, au final, la conséquence c'est que dans quelques années, on a des stocks qui disparaissent. Pour l'exemple du dioxyde de carbone, à partir d'aujourd'hui, toutes les émissions de gaz à effet de serre qu'on largue vont se stocker dans l'atmosphère, ne peuvent plus être absorbées par les écosystèmes naturels, donc vont rester dans l'atmosphère et vont participer au réchauffement climatique. Et nos émissions de gaz à effet ne s'annulent pas d'une année à l'autre. La durée de vie du dioxyde de carbone dans l'atmosphère est à peu près de mille ans. Donc, tout ce qu'on accumule chaque année s'additionne. Et derrière, cela amplifie le réchauffement climatique.

Les plus gros consommateurs des ressources naturelles restent les Etats-Unis, mais la France est-elle une bonne élève ?

En termes d'empreinte écologique, les Etats-Unis sont parmi les plus forts consommateurs, avec la plus forte empreinte. Mais on trouve pire. Les pays du Golfe, de manière générale, font souvent pires. C'est notamment lié à leur consommation de pétrole et de ressources fossiles. En France, nous ne sommes pas les pires, mais nous restons quand même bien au-delà de la plupart des pays, puisque si le jour du dépassement au niveau mondial arrive le 29 juillet, celui de la France, lui, est le 5 mai. Donc encore plus tôt. On voit bien que nous sommes aussi en France en surconsommation. Peut-être qu'on bénéficie d'électricité qui est en partie décarbonée, mais nos émissions de dioxyde de carbone liées aux transports, liées au chauffage et à nos modes de consommation font que nous vivons à crédit à partir du 5 mai en France.

L'an dernier, le jour du dépassement est tombé le 22 août, en raison notamment du confinement mondial. Le fait que cela n'ait pas duré est-il une mauvaise nouvelle ?

Nous l'avions déjà dit l'année dernière. Nous avions dit : 'Attention, si la relance n'est pas basée sur la transition écologique et la transition énergétique, nous risquons de revenir en arrière, de revenir aux dates antérieures'. Et c'est ce qui se passe aujourd'hui. On peut dire que nous avons vraiment manqué une occasion, notamment au niveau des plans de relance au niveau mondial, puisque l'Agence internationale de l'énergie a montré il y a dix jours, que sur 16 000 milliards de dollars investis à travers le monde dans la relance, seulement 2 % ont été fléchés vers la transition écologique et énergétique. Donc, on a vraiment loupé le coche.

L'Amazonie produit aujourd'hui plus de CO2 qu'elle n'en consomme. Cela veut-il dire que la situation va se détériorer quoi que l'on fasse ?

Pas quoi que l'on fasse. On peut déjà arrêter de détruire l'Amazonie, ce qui nous permettrait de la préserver et d'essayer d'inverser cette tendance. L'Amazonie n'est plus un puits de carbone, mais elle s'est transformée en source de gaz à effet de serre. Par contre si l'on continue, on va s'approcher de ce qu'on appelle ce fameux point de bascule pour l'Amazonie, qui va nous entraîner vers une savanisation progressive de cet écosystème, c'est-à-dire une transformation non plus en une forêt équatoriale, mais en une savane sèche, ce qui serait absolument catastrophique du point de vue de la biodiversité, mais aussi du point de vue climatique.

Quelle est l'activité humaine la plus préjudiciable par rapport à ce jour du dépassement ?

Ce qui génère le plus de dépassement mondial, ce sont les émissions de gaz à effet de serre. C'est la principale empreinte de l'homme. Au niveau mondial, c'est la production d'énergie en premier, puisque la production d'électricité à l'échelle mondiale reste basée sur l'exploitation des ressources fossiles, en particulier le charbon. Ensuite, évidemment, le transport et après l'agriculture et notamment la déforestation, puisque 80 % de la déforestation mondiale est liée à l'extension des surfaces agricoles. Et il y a Internet. Aujourd'hui, c'est quelques pour cent de la consommation d'électricité dans le monde. On va monter à bientôt à 10 % ou 20 % dans les années qui viennent. On peut se poser légitimement la question de l'intérêt de certains échanges de flux de données. Est-ce qu'on a besoin d'avoir des vidéos en 4K pour regarder des vidéos de chats sur les réseaux sociaux ? C'est vraiment une question qu'on doit tous se poser et être beaucoup plus sobres sur la consommation des données numériques.

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