Incendies en Amazonie : "On n’a pas vu cela de toute l’histoire de l’être humain sur cette planète", s'inquiète un pompier

Le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers juge la situation inquiètante au Brésil et sur le reste de la planète où des incendies se multiplient dans des zones peu habituées à être menacées par les flammes. 

Le colonel Gregory Allione en 2014. 
Le colonel Gregory Allione en 2014.  (SPEICH FR?D?RIC / MAXPPP)

Après les immenses incendies en Sibérie et sur l'île espagnole de la Grande Canarie cet été, ceux de Californie l'an dernier, c'est l'Amazonie qui est en proie aux flammes ces derniers jours. "On n’a pas vu cela de toute l’histoire de l’être humain sur cette planète" a estimé vendredi 22 août sur franceinfo le colonel Grégory Allione, le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. "Les sapeurs-pompiers de France, même s’ils sont très sollicités par le G7 et par la menace qui pèse sur la forêt méditerranéenne, seraient prêts à prêter main-forte et à envoyer des troupes pour sauver une forêt qui est le poumon vert de notre planète" a-t-il ajouté.

franceinfo : Le président brésilien Jair Bolsonaro a indiqué que son pays n'avait pas les moyens pour lutter contre les incendies. Confirmez-vous cette situation ?

Grégory Allione : Le Brésil fait face à une situation catastrophique, dramatique. On n’a pas vu cela de toute l’histoire de l’être humain sur cette planète. Aujourd’hui, ce qui se passe, c'est que sur les terres où nous n'avions pas l'habitude de voir des feux, nous en avons. La Sibérie, qui brûlait tout au long du début de l’été, la Suède au printemps et l’année dernière, voire même en 2014, l’arc polaire avec le Groenland, menacés par les flammes... Un certain nombre de zones qui n'étaient pas menacées par le feu le deviennent. Ce que dit Emmanuel Macron avec la Angela Merkel et la prise en compte du sujet par l’ONU, c'est important parce que les sujets de catastrophe naturelle tels que les feux de forêt nécessitent une coordination, une anticipation et une approche globale de la part de l’ensemble des pays. Les sapeurs-pompiers de France, même s’ils sont très sollicités que ce soit par le G7, par les incendies de forêt ou par la menace qui pèse encore sur la forêt méditerranéenne, seraient prêts à prêter main-forte et à envoyer des troupes pour sauver une forêt qui est le poumon vert de notre planète.

Matériellement, est-ce possible de régler en partie la situation en Amazonie ?

Lorsqu’il y a une volonté, il y a un chemin, même si ce sont des feux catastrophiques parce qu’ils ont une ampleur exceptionnelle. Pour accéder à ces incendies en Amazonie, ce sont des approches avec des moyens héliportés. Nous avons des techniques qui permettent d’héliporter du personnel, comme les collègues américains ou canadiens le font, avec des sapeurs-pompiers parachutés. Nous avons des équipes qui luttent avec le feu contre le feu : c’est ce qu’on appelle les équipes de brûlage tactique. On fait des layons [sentiers ouverts en forêt, plus ou moins larges] pour supprimer le combustible. Lorsque le feu principal arrive sur cette partie où il n’y a plus de combustible, il s’arrête. C’est la seule technique qui est employable pour lutter contre ces feux de forêt.

Si demain, on vous demande de partir au Brésil, vous êtes prêt ?

Il n’y a pas un sapeur-pompier au monde qui n’irait pas lutter contre le fléau qu’est l’incendie d’une part, et en plus en Amazonie quand on connaît l’intérêt de cette forêt amazonienne.

S'il n’y a pas de moyens internationaux débloqués, ces feux peuvent-ils s'arrêter d’eux-mêmes ?

Oui, on sait très bien que notre planète a toujours connu des incendies. Aux États-Unis, on considère que le feu fait partie intégrante d'un processus naturel, notamment lorsqu'il est allumé par la foudre. Dans les grands parcs américains, des feux sont régulièrement allumés par la foudre et s’éteignent de manière assez naturelle, et souvent par les orages qui ont mis le feu.