Feux en Amazonie : "Emmanuel Macron a raison d’élever le ton, mais ça ne doit pas le dispenser d’agir sur l’écologie"

À la suite d'un échange musclé sur les réseaux sociaux avec le président brésilien Jair Bolsonaro, Emmanuel Macron a décidé de s'opposer à l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur.

Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro, lors du sommet du G20, à Osaka, le 28 juin 2019.
Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro, lors du sommet du G20, à Osaka, le 28 juin 2019. (JACQUES WITT / AFP)

Emmanuel Macron "a raison d’élever le ton par rapport à [Jair] Bolsonaro, mais ça ne doit pas le dispenser d’agir en France et en Europe sur l’écologie", a alerté samedi 24 août sur franceinfo David Cormand, secrétaire national d'Europe Écologie Les Verts après la décision d'Emmanuel Macron de revenir sur l'accord de libre-échange avec le Mercosur.

>> On vous résume la passe d'armes entre Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro sur l'Amazonie

Le président français a accusé son homologue brésilien, Jair Bolosonaro, d'avoir menti sur le climat, notamment concernant les incendies en Amazonie. "Il faut que les chefs d’État arrêtent de se contenter de faire des mises en scène et agissent en urgence", a réclamé David Cormand.

franceinfo : Qu'attendez-vous du discours d'Emmanuel Macron ce samedi à 13h ?

David Cormand : Qu’il parle moins et qu’il agisse plus. Les discours sur l’écologie du chef de l’État, on y est désormais habitué. Après la décision de Donald Trump de quitter l’accord de Paris, il y avait eu ce discours sur "Make our planet green again". Il y a eu d’autres discours quand il a reçu des entreprises et des chefs d’État sur une finance verte pour financer l’égalité avec les pays du Sud pour réussir à lutter contre le changement climatique.

La différence, c'est qu'il y a un acte : Emmanuel Macron dit "non" à l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, face au mensonge, dit-il, du président brésilien Jair Bolsonaro. Le chef de l'État français a-t-il eu raison selon vous ?

C’est un acte important, il a raison de le faire. On bloque l’accord, pour l’instant, mais en même temps on continue à soutenir et même à voter l’accord de libre-échange avec le Canada. Le Ceta ne brûle pas l’Amazonie, mais continue d’exploiter du pétrole bitumineux. Il faut arrêter le projet d’Europacity [projet immobilier qui pourrait voir le jour en 2027 le long de l'autoroute A1 dans le Val-d'Oise] qui concerne en France la destruction de terres agricoles ; il faut arrêter le projet de nouvelles autoroutes encore à l’ordre du jour à l’est de Rouen. C’est très bien de dénoncer l’action de Bolsonaro, mais ça me rappelle quand Emmanuel Macron avait pointé du doigt, à juste titre, Donald Trump. Il ne faut pas que le fait de pointer du doigt la responsabilité de dirigeants qui font n’importe quoi en écologie dispense Emmanuel Macron lui-même de faire de l’écologie. J’ai déjà vu le film avec Trump et j’ai vu que ça n’avait pas eu de conséquence sur les politiques conduites par Emmanuel Macron. Emmanuel Macron n’est pas président du Brésil, il est président de la France, il compte au niveau européen. Il a raison d’élever le ton par rapport à Bolsonaro, mais ça ne doit pas le dispenser d’agir en France et en Europe sur l’écologie.

Vous n’attendez donc rien de ce G7 en matière d’écologie et de lutte pour le climat ?

Au G7 officiel, cette année, il n’y avait que dix ONG invitées pour pouvoir essayer d’alerter les chefs de l’État. En 2015, il y en avait 60. Il y a un décalage entre les paroles et les actes. En parole, Emmanuel Macron dit "regardez comme je m’intéresse à l’écologie, à la question des citoyens par rapport à l’avenir de la planète", dans les faits ce sont moins d’ONG qui sont invitées. Bien sûr l’Amazonie brûle et c’est terrible, mais c’est la Terre entière qui est en train de s’embraser à cause du changement climatique, à cause d’un modèle dit de développement global qui est non seulement en train de détruire la planète, mais aussi les acquis sociaux que sont les nôtres. Il faut que les chefs d’État arrêtent de se contenter de faire des mises en scène et agissent en urgence.