Malgré la crise politique en Tunisie, les habitants de Tunis continuent de soutenir le président

Alors que le pays n'a toujours pas de nouveau Premier ministre, les habitants que franceinfo a rencontrés ne semblent pas afficher d'hostilité au président Kaïs Saïed, qui a pourtant suspendu le Parlement pour un mois.

Article rédigé par
Marie-Pierre Vérot - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
L'armée dans les rues de Tunis, le 27 juillet 2021.  (STRINGER / EPA)

Les Tunisiens sont encore sidérés par la succession des évènements : la suspension du Parlement, le limogeage de ministres et l'instauration du couvre-feu. Depuis lundi 26 juillet, le président Kaïs Saïed a réalisé un coup de force institutionnel. Même si le calme est revenu, la police boucle toujours les abords du Parlement, suspendu pour un mois. Le parti majoritaire Ennahdha, d'inspiration islamiste et écarté par le président, appelle au dialogue et à des élections législatives anticipées. Le président réserve sa réponse et n'a toujours pas nommé de nouveau Premier ministre. Mais à Tunis, les habitants ne lui en tiennent pas rigueur.

Les députés accusés d'être des "voleurs"

Personne ne se risque à prédire de quoi demain sera fait. Mais si un sentiment domine dans les rues de Tunis, c'est la satisfaction d'avoir vu le Parlement sanctionné. Il est difficile de trouver une voix pour défendre une assemblée considérée comme inefficace et corrompue. "Ce sont des députés voleurs", s'enflamme Adel au volant de son taxi. "Chaque politicien prend pour lui, chacun pense à son intérêt, déplore Adel. Ils ne pensent pas au peuple, comment il vit. La vie est devenue trop chère."

"Pour l'Aïd, 80% du peuple tunisien n'arrive pas à acheter un mouton de 500 ou 600 dinars. Même un petit, on n'y arrive pas parce qu'il n'y a pas d'argent."

Adel

à franceinfo

Adel, chauffeur de taxi à Tunis, en juillet 2021.  (BENJAMIN THUAU / RADIOFRANCE)

Les coupables sont les députés du parti majoritaire Ennahdha, accusent certains habitants de Tunis. Dans le souk où elle tient une échoppe de sacs et portefeuilles, Maïda dénonce elle aussi la corruption et applaudit son président : "J'ai voté pour lui et je ne le regrette pas, mais j'ai voté aussi pour Ennahdha et ça, je le regrette. J'ai perdu toute confiance dans ce parti." D'ailleurs, les partis elle n'y croit plus. Ce qu'il faudrait, selon elle, ce sont des hommes intègres, peu importe l'étiquette. 

"On peut se passer du Parlement" 

"En Tunisie, on peut se passer du Parlement, parce que franchement, du Parlement, on n'en a rien vu : c'est une honte", renchérit Anaëlle, qui tient une librairie dans le centre de Tunis. Elle n'est pas pressée de voir de nouvelles élections législatives. Elle sait bien que la normalité institutionnelle devra revenir, mais pour l'heure, comme chacun, elle observe les évènements au jour le jour. "En fait, ils devraient nous présenter une feuille de route, mais on n'en a pas. Mais je pense que ça va se faire. On attend des décisions." Le tout en ayant conscience de la fragilité des acquis de la révolution, de l'ampleur des défis qui attendent le président et l'espoir qu'il ait choisi le bon chemin pour les relever. 

Malgré la crise politique en Tunisie, les habitants de Tunis continuent de soutenir le président - Le reportage de Marie-Pierre Vérot
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