Liberté de la presse: Burkina, Sénégal et Tunisie adhèrent au «pacte» de RSF

Le «pacte sur l'information et la démocratie» a obtenu, le 11 novembre 2018 à Paris, l'adhésion de douze pays, dont la France et le Canada, mais aussi le Burkina Faso, le Sénégal et la Tunisie. L'objectif de ce pacte international, initié par Reporters sans Frontières (RSF), est de défendre la liberté de la presse et de lutter contre la désinformation.

Photo de famille lors du premier Forum de Paris sur la Paix, à La Villette, le 11 novembre 2018. A droite du président français Emmanuel Macron, Christophe Deloire, président de Reporters sans Frontières et le président sénégalais Macky Sall. A sa gauche, les lauréates du prix Nobel de la paix 2003 et 2018 Shirin Ebadi et Nadia Murad. Entre elles deux, le président tunisien Beji Caid Essebsi.
Photo de famille lors du premier Forum de Paris sur la Paix, à La Villette, le 11 novembre 2018. A droite du président français Emmanuel Macron, Christophe Deloire, président de Reporters sans Frontières et le président sénégalais Macky Sall. A sa gauche, les lauréates du prix Nobel de la paix 2003 et 2018 Shirin Ebadi et Nadia Murad. Entre elles deux, le président tunisien Beji Caid Essebsi. (Yoan VALAT / POOL / AFP)

Burkina Faso, Sénégal et Tunisie, mais aussi Canada, Costa Rica, Danemark, France, Lettonie, Liban, Lituanie, Suisse et Norvège: les chefs d'Etat et de gouvernement de ces douze pays ont souscrit, à Paris, lors du premier Forum sur la Paix, au «pacte» de défense de la liberté de la presse, initié par Reporters sans Frontières (RSF).

L'ONG mène une action pour que l'espace mondial de l'information et de la communication soit considéré comme un «bien commun de l'humanité, dans lequel soient garantis la liberté, le pluralisme et l'intégrité des informations». Elle tire la sonnette d'alarme en soulignant la «crise de confiance dans les démocraties et la montée en puissance de régimes despotiques qui représentent un risque pour les libertés, la concorde civile et la paix.» 

Appel de RSF aux dirigeants internationaux
Vingt-cinq personnalités internationales, dont des lauréats de Prix Nobel et du Prix Sakharov, avaient lancé début novembre 2018 un appel solennel aux dirigeants des quatre coins du monde pour qu'ils engagent «un processus politique» et signent «d’ici à un an» le pacte de RSF. 

«On a une offensive idéologique du djihadisme, de régimes autoritaires, de mouvements extrêmes, qui de tous côtés se dévoilent être des ennemis de la liberté (...), cherchent à contrôler, censurer, exporter leur modèle, qui lancent des campagnes massives de désinformation et qui s'attaquent aux journalistes», a déploré le président français Emmanuel Macron, en présentant l'initiative de RSF lors du Forum de Paris sur la Paix. «Si l'internet et les réseaux sociaux ajoutent un nouvel espace de liberté, ils offrent aussi des opportunités de manipuler les opinions à grande échelle et fragilisent l'économie (des médias)», a poursuivi M.Macron. 

S'en est suivie la mise en garde du Premier ministre canadien Justin Trudeau à propos du «risque de détournement de ces nouveaux outils pour exciter la haine, le conflit et même la guerre».

Le processus démocratique tunisien
Le président sénégalais, Macky Sall, également signataire du pacte de RSF, a tenu à souligner que «le droit à l'information n'est pas seulement l'apanage des pays développés. En Afrique, il y a également une volonté de plus en plus affirmée d'assurer la protection des journalistes et de créer les conditions d'un exercice libre de cette profession.» «Aucun journaliste n'a été emprisonné ou interpellé depuis que je suis à la tête de ce pays», a précisé M.Sall, estimant que le «plus grand ennemi» des médias n'est pas l'Etat, mais «le pouvoir de l'argent et les pouvoirs obscurantistes qui créent des organes de presse pour en faire des instruments de propagande et de pression.»

En Tunisie, 85 journaux, 82 sites électroniques d'information, 40 radios et 18 chaînes de télévision cohabitent depuis la révolution de 2011, a indiqué le président Béji Caïd Essebsi. «Nous sommes un pays africain, arabe, musulman. Généralement parmi ces "peuples", on n'applique pas beaucoup les règles de la liberté d'expression», a-t-il relevé, précisant: «Nous sommes préparés à respecter la liberté d'information parce que nous avons initié un processus démocratique.»

Le Burkina, bon élève du continent africain
En matière de liberté de la presse, la Tunisie, classée au 97e rang mondial par RSF, est toujours en cours de transition démocratique. Ce qui ne garantit pas encore une pleine liberté de l’information, note l'ONG.

Si au Sénégal la liberté de la presse et la liberté d’expression sont garanties par la Constitution de 2001, certains sujets comme la corruption restent tabous, selon RSF. Toutefois, ces dernières années, les atteintes contre les journalistes se sont espacées, relève l'ONG.

Quant au Burkina Faso, il figure parmi les bons élèves du continent africain. Le Pays des Hommes intègres a en effet gagné une place par rapport à 2017 en se hissant au 41e rang sur 180 dans le classement mondial 2018 de RSF sur la liberté de la presse.