Au Tchad, l’opposition dénonce "un climat d'insécurité" à l’approche de la présidentielle

Le principal rival du président Idriss Déby Itno, Saleh Kebzabo, s’est retiré de la course après la tentative d’arrestation meurtrière d’un autre opposant.

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Le président du Tchad Idriss Déby Itno, élevé au rang de maréchal en août 2020.  (RENAUD MASBEYE BOYBEYE / AFP)

Avant le lancement de la campagne électorale pour la présidentielle du 11 avril 2021, le principal opposant tchadien a annoncé son retrait. Saleh Kebzabo accuse le président Idriss Déby Itno, grand favori pour un sixième mandat, d'intimider ses rivaux en faisant usage de la force. Il dénonce notamment un "climat d'insécurité" au Tchad.

Le retrait du principal opposant

Candidat malheureux contre Idriss Déby à quatre reprises, le chef de fil historique de l'opposition, Salah Kebzabo, ne tentera pas sa chance une cinquième fois. Sa décision a été annoncée au lendemain d’une opération menée par l’armée et la police dans la capitale N’djamena, en vue de l’arrestation d’un autre opposant, qui s'est soldée par la mort d'au moins trois personnes. Pour le député de l'opposition, ce "climat d'insécurité" n’est pas favorable au bon déroulement d’une campagne électorale. Il refuse ainsi de cautionner une élection qu’il qualifie de "mascarade à grande échelle".

La fuite d'un autre

L’opération, qui a mis en lumière la situation tendue au Tchad, a eu lieu le 28 février 2021. Epaulée par des militaires et des blindés, la police a encerclé le domicile Yaya Dillo Djerou, accusé de "diffamation et injures" envers la Première dame. Cet ancien chef rebelle, membre de la même ethnie zaghawa que le président, n’est d'ailleurs autre que son neveu. Après avoir été ministre et conseiller à la Présidence, il rejoint l'opposition. Yaya Dillo Djerou est candidat déclaré à la présidentielle. Théoriquement seulement, puisqu’il est désormais en fuite après la tentative d’arrestation qui a mal tourné. Il y aurait eu un échange de tirs qui expliquerait la mort d’au moins trois personnes dont la mère de l'opposant et deux militaires.

"Je n'accepte pas le désordre"

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement tchadien surveille de près le moindre mouvement des opposants et de la société civile. Les manifestations sont systématiquement interdites et les voix réclamant l'alternance politique sont étouffées. Pour échapper aux forces de l’ordre lors d’un rassemblement interdit, un opposant s’est même réfugié début février dans le périmètre de l’ambassade des Etats-Unis. "Je n'accepte pas le désordre" : Idriss Déby a mis en garde fin février contre tout ce qui pouvait menacer la sécurité du pays. Au même moment, Amnesty international a dénoncé un "rétrécissement de l’espace civique" au Tchad à l’approche des élections du 11 avril.

Outre Idriss Déby, une quinzaine de personnes ont annoncé leur intention de déposer leur candidature à la présidentielle. Bon nombre d’entre elles ont déjà collaboré avec le régime en place. Il faut dire qu'il est quasiment impossible de faire autrement. Le maréchal tient le pays d’une main de fer depuis qu’il s’est emparé du pouvoir par un coup d'Etat en 1990. L'homme fort du pays qui fait face à des rébellions armées dans le Nord est par ailleurs un allié important de l'Occident dans la lutte contre les militants islamistes en Afrique.

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