Tchad : Idris Deby Itno fête cette année ses trente ans au pouvoir

Chef de guerre, Idris Deby Itno a fait de son pays un élément essentiel de la lutte contre les jihadistes au Sahel et assure ainsi sa longévité politique.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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 Idriss Déby Itno, le président du Tchad, le 9 août 2019 (BRAHIM ADJI / AFP)

"L’Afrique est un continent de chefs, qui a ses propres réalités. La responsabilité politique revient de toute façon au président, qu’il y ait un Premier ministre ou non." Telle est la réponse d’Idriss Déby au journal Jeune Afrique lors d’une interview en novembre 2019, à propos de la suppression de la primature. Quant à la disparition du Conseil constitutionnel et de la Haute cour de Justice, "il s’agissait d’institutions budgétivores, que nous avions intégrées par mimétisme avec le système français", explique Idriss Déby. On ne peut être plus clair. Il n’y a qu’un chef au Tchad : Idriss Déby Itno !

Une constitution à sa mesure

Enfin, il faut ajouter à ce bilan la nouvelle Constitution promulguée en 2018. Elle permet au Chef de l’Etat de se présenter à deux nouveaux mandats de six ans, à l’issue de l’actuel qui s’achève en 2021.

Dans cette interview accordée à Jeune Afrique, le Chef de l’Etat tchadien revient sur sa longévité au pouvoir. Trente ans à la fin de l’année 2020. Une présence imposée, selon lui, par les crises successives. La Lybie en 2011, la Centrafrique en 2016, Boko Haram…"Chaque fois, cela aurait été irresponsable de partir et d’ouvrir la porte à une guerre civile", plaide-t-il auprès de nos confrères.

Une faible lueur de démocratie

Dans cette ambiance de concentration des pouvoirs, une lueur de démocratie apparaît avec l’annonce de la tenue d’élections législatives à la fin de l’année 2020. Elles ont été reportées à plusieurs reprises depuis 2015, officiellement en raison de la menace terroriste de Boko Haram.

Pour autant, l’opposition peut-elle espérer grand-chose de ce scrutin ? A entendre Succès Masra, le jeune leader du parti d’opposition Les Transformateurs, le changement ne peut être qu’imposé. "Il y a une seule porte de sortie. C’est d’organiser sereinement l’alternance démocratique au sommet de l’Etat pour permettre à une énergie nouvelle de venir apporter le changement dont le Tchad a besoin", explique-t-il à la Deutsch Welle. Un constat d’impuissance, le changement ne sortira pas des urnes.

Chef de guerre

Incontestablement, Idriss Déby a acquis au fil de ces crises une stature internationale, le rendant incontournable dans la région. Il est même devenu le soutien essentiel de la France dans la lutte contre les jihadistes. Ainsi, l’armée tchadienne a participé à l’opération Serval en 2013 aux côtés de la France pour stopper l’offensive islamiste au Mali.

Une armée tchadienne puissante et bien formée. Elle est un maillon capital au sein du groupe du G5-Sahel, le seul pouvant réellement apporter un soutien à l’opération Barkhane. Une force qui explique sans doute que les pays occidentaux soient peu regardant sur la politique intérieure menée par Idriss Déby.

Un échec économique et social

Le bilan économique d’Idriss Déby est lui bien moins brillant. Le pays est resté pauvre. Il est classé 186e sur 189 à l’indice de développement humain des Nations unies. Devenu producteur de pétrole en 2003, il a d’abord profité d’un baril à 100 dollars. Selon la Banque mondiale, le PIB par habitant a ainsi presque doublé entre 2000 et 2017. Mais il partait de très loin, 500 dollars par tête, soit moins de la moitié de la moyenne des pays du Sahel.

De plus, les recettes pétrolières ont largement été injectées dans l’équipement militaire, privant d'autant le pays de cette manne. Un effort de guerre qu’Idriss Déby justifie par la situation régionale.

Aujourd’hui, toujours selon la Banque mondiale, le pays monopolise les dernières places de nombreux indices de développement. Pour n’en citer qu’un : il possède l’un des plus fort taux de mortalité maternelle avec 856 décès pour 100 000 naissances vivantes. Des maternités précoces qui touchent 16% des adolescentes de 16 à 19 ans.
Tout cela alors que le pays héberge 450 000 réfugiés venus des pays limitrophes, conséquences des crises de la région.

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