Soudan : la junte annonce neuf arrestations dans les rangs des forces du général Hemetti

Les militaires au pouvoir à Khartoum ont fait arrêter neuf membres des Forces de soutien rapide (FSR) de Mohamed Hamdan Daglo après la mort par balles de jeunes manifestants. Un geste qui intervient en pleine reprise des négociations avec la contestation.

Des étudiants soudanais manifestent Khartoum, la capitale, le 30 juillet 2019, un jour après que des adolescents ont été tués lors d\'un rassemblement contre la pénurie de pain et de carburant dans la ville d\'Al-Obeid.
Des étudiants soudanais manifestent Khartoum, la capitale, le 30 juillet 2019, un jour après que des adolescents ont été tués lors d'un rassemblement contre la pénurie de pain et de carburant dans la ville d'Al-Obeid. (EBRAHIM HAMID / AFP)

La junte militaire qui a succédé à Omar el-Béchir au pouvoir à Khartoum a annoncé le 2 août 2019 avoir arrêté neuf membres des Forces de soutien rapide (RSF) après la mort de jeunes manifestants tués par balles le 29 juillet à Al Obeid, dans le centre du pays.

"Les paramilitaires seront remis à la justice civile pour être jugés"

Cette annonce est intervenue en même temps que quatre manifestants étaient tués à Omdourman, ville voisine de la capitale soudanaise, lors des rassemblements organisés à travers le pays à l'appel du mouvement de contestation pour dénoncer une nouvelle répression meurtrière.

"Une enquête a été ouverte sur les événements d'Al-Obeid et sept membres des RSF ont immédiatement été limogés et remis à la justice civile pour être jugés", a déclaré à la presse le général Shamseddine Kabbashi.

"Hier, deux autres membres des RSF ont été arrêtés, donc ils sont neuf au total", a poursuivi le porte-parole du Conseil militaire qui dirige le pays.

Opération destinée à affaiblir Mohamed Hamdan Daglo, numéro deux du Conseil militaire ou à amadouer la contestation pour l’amener à négocier ? Le coup, en tout cas, est rude pour l’homme également connu sous le nom de Hemetti, qui dirige les RSF et qui a été un pilier de la sécurité du régime du président déchu.

Accusées de terribles exactions, notamment pendant le conflit du Darfour dans l’ouest déclenché en 2003, ses forces paramilitaires, jadis baptisées Janjawid, restent toutefois, selon l’AFP, une force centrale de l'appareil répressif au Soudan.

Des négociations pour finaliser l'accord de partage du pouvoir

En dépit de cette nouvelle vague de répression, les discussions interrompues en raison de la mort de six manifestants, dont quatre lycéens, ont repris dans la nuit du 1er au 2 août entre les dirigeants de la contestation et les militaires.

Elles doivent permettre de finaliser certains points en suspens après la conclusion d'un accord de partage du pouvoir, le 17 juillet.

Obtenu après de laborieux pourparlers, il prévoit un Conseil souverain composé de cinq militaires et six civils chargé de mener la transition sur une période de trois ans.

Les points en suspens portent sur les pouvoirs de ce Conseil souverain, sur le déploiement des forces de sécurité et l'immunité de généraux impliqués dans la répression de rassemblements.

L'opposition fait état de "bonnes nouvelles" à venir

Les arrestations de paramilitaires à la suite de l’enquête officielle s'apparentent fort à des gages donnés à l’opposition.

Après une nuit de négociations, un membre de l'équipe de la contestation, Ibrahim al-Amine, a même annoncé à la presse qu'il y aurait "de bonnes nouvelles" suite aux discussions en cours.

De son côté, le général Hemetti, donné jusque là comme homme fort du pays, a nié toute responsabilité dans l’équipée sanglante des RSF et dénoncé une tentative de nuire à l’image de ses forces.