L'Afrique de l'Est, nouvelle porte d'entrée de l’héroïne afghane vers l'Europe

On savait qu’une grande partie de la cocaïne latino-américaine passait par l'Afrique de l’Ouest pour rejoindre l’Europe, moins que l’héroïne afghane faisait un chemin similaire par l'est du continent.

Opération conjointe de la police sud-africaine et des forces nationales de défense contre le trafic de drogues dans la ville du Cap. Photo prise le 9 août 2019. La drogue représente un problème majeur de santé publique et de criminalité en Afrique du Sud.
Opération conjointe de la police sud-africaine et des forces nationales de défense contre le trafic de drogues dans la ville du Cap. Photo prise le 9 août 2019. La drogue représente un problème majeur de santé publique et de criminalité en Afrique du Sud. (MARCO LONGARI / AFP)

L’Afrique est de plus en plus débordée par le trafic de drogue, cocaïne venue d’Amérique latine ou héroïne d’Afghanistan. "La production de cocaïne en Amérique latine atteint un niveau jamais vu de 1900 tonnes. Deux tiers de cette production traverse l'Afrique de l'Ouest, en direction de l'Union européenne. De même, 310 tonnes d'héroïne produites en Afghanistan arrivent en Afrique de l'Est à travers l’océan Indien", affirme Philip de Andrès de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

La route dite des Balkans, qui traverse l'Iran, la Syrie, la Turquie et l'Europe orientale, était il y a encore une décennie la voie traditionnelle d’acheminement de l’héroïne vers l’Occident. Mais depuis la guerre en Syrie, la Turquie et l’Europe surveillent plus étroitement leurs frontières.

Conséquence : les routes de l’opium se sont déplacées vers l’hémisphère sud. Cette route du pavot part de l’Afghanistan en direction du sud du Pakistan, où les stocks sont chargés sur des boutres (bateaux à voile traditionnels). Le reste est acheminé sur des porte-conteneurs.

Le pavot afghan se déverse sur l'Afrique

Les boutres traversent l’océan Indien par les Seychelles et Maurice pour arriver au large du Mozambique, de la Tanzanie, du Kenya et de la Somalie. Des embarcations plus petites et plus discrètes débarquent la drogue dans des criques ou dans des zones portuaires industrielles.

Une partie de l’héroïne est ensuite transportée par la route vers l’Afrique du Sud, où elle sera expédiée par bateau ou par avion vers l’Europe ou les Etats-Unis, selon un rapport de Simone Haysom, Peter Gastrow et Mark Show, pour l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée (GITOC). Les autres routes remontent le continent africain en direction de la Méditerranée.

L'explosion de l’héroïne en Afrique est également liée à la hausse exponentielle de la production en Afghanistan, où se trouvent 85% du stock mondial. En 2017, la production a augmenté de 65%, atteignant ainsi 10 500 tonnes, un record selon l’ONUDC au vu des données collectées depuis 2000. L’Afrique est également un nouveau marché, avec déjà des effets dramatiques sur la santé publique. Quant aux saisies de drogue sur le continent africain, elles sont "extrêmement rares", note Shanaka Jayasekara de l’ONUDC. La police ne s’en préoccupe même pas, elle a d'autres soucis, d'autant que les autorités politiques, parfois de mèche avec les trafiquants, évitent le sujet. Comme par exemple au Mozambique, devenue une nouvelle plaque tournante du trafic d’héroïne.

Au Mozambique, l’héroïne pourrait être devenue la troisième denrée d’exportation (après le charbon et le gaz)Joseph Hanlon, analyste de la London School of Economicsà The Economist

Drogue et terrorisme étroitement liés

Au Mozambique, le trafic serait "sous le contrôle de familles commerçantes puissantes", affirme le magazine The economist. "En échange de financements politiques et de pots-de-vin, le parti au pouvoir évite aux trafiquants d’être arrêtés. Il émet des autorisations qui leur permettent d’importer et d’exporter des biens, sans que les cargaisons soient fouillées." 

C’est ainsi que des centaines de motos aux réservoirs bourrés d’héroïne arriveraient chaque année du Pakistan. Plus grave, "en Somalie, les groupes terroristes shebabs se financent et font de nouveaux adeptes essentiellement grâce au trafic d’héroïne", affirme Amado Philip de Andrès de ONUDC, car drogue et terrorisme vont souvent de pair.

L'économie criminelle pervertit le développement du continent, en termes de pertes de vies humaines, de conflits, de mauvaise gouvernance, de destruction de ressources financières. Elle devient une question majeure pour l'avenir de l'Afrique.