Secours aux migrants : les ONG reprennent la mer en Méditerranée

Les mesures prises contre le coronavirus empêchaient, de fait, de débarquer des migrants dans les ports européens. Le déconfinement permet la reprise des activités.

L\'Ocean Viking, le navire de l\'ONG SOS Méditerranée, photographié au large de l\'île de Lampedusa, le 15 septembre 2019. Bloqué à Marseille en raison de l\'épidémie de coronavirus, il reprend la mer pour l\'été 2020.
L'Ocean Viking, le navire de l'ONG SOS Méditerranée, photographié au large de l'île de Lampedusa, le 15 septembre 2019. Bloqué à Marseille en raison de l'épidémie de coronavirus, il reprend la mer pour l'été 2020. (ALESSANDRO SERRANO / AFP)

Depuis le 20 mars, l'Ocean Viking, le bateau de SOS Méditerranée, rongeait son frein dans le port de Marseille. Cloué à quai par l'épidémie de coronavirus qui a rebattu les cartes du secours en Méditerranée. Car en raison de la pandémie, il était interdit de débarquer qui que ce soit dans un port italien ou maltais. Sauf à patienter en quarantaine au large.

Deux autres ONG, une allemande et une italienne, sont déjà à pied d'œuvre. Le Sea Watch 3 et le Mare Jonio étaient eux aussi bloqués à quai. Ils naviguent désormais au large des côtes libyennes. "Une présence nécessaire et urgente", clament les trois organisations. A bord du Sea Watch 3, les opérations de sauvetage ont déjà commencé. Deux bateaux en détresse ont été secourus le 17 juin et 165 migrants ont été accueillis à bord.

(Après avoir secouru un second bateau en détresse la nuit dernière, le Sea Watch 3 héberge désormais 165 rescapés, tous sains et saufs. Les recherches pour retrouver un troisième bateau continuent, en collaboration étroite avec l'opération aérienne #Moonbird)

Des opérations très médiatisées, car le secours aux migrants est tout autant politique que technique. Il s'agit d'abord de montrer à l'opinion publique internationale que la crise du coronavirus n'a pas fait disparaître les migrations depuis l'Afrique. Durant la fermeture des ports, les ONG ont dénoncé "des naufrages invisibles" qui faussaient les chiffres officiels annoncés notamment par Frontex. Le 4 juin, un naufrage au large de la Tunisie a fait 55 morts confirmant la poursuite des traversées.

Répartir les migrants secourus

Bien plus politique reste la répartition des migrants entre les différents pays européens. Malte et l'Italie, aux premières loges du fait de leur situation géographique, ne peuvent pas supporter seules la gestion des migrants.

En septembre 2019, un préaccord sur l'organisation de la répartition des migrants avait été signé à La Valette. Il concernait exclusivement l'axe central méditerranéen. Hélas, la crise sanitaire est passée par là et les Etats de l'Union européenne ont, semble-t-il, gelé le dossier qui devrait refaire surface dans les jours à venir.

Opération de sauvetage par l\'\"Ocean Viking\", le 23 août 2019. Ce jour-là, 356 migrants ont été secourus par le navire.
Opération de sauvetage par l'"Ocean Viking", le 23 août 2019. Ce jour-là, 356 migrants ont été secourus par le navire. (ANNE CHAON / AFP)

L'Ocean Viking reprend la mer le 20 juin. Depuis sa première mission en août 2019, il a secouru 2 095 personnes en 28 opérations. Mais cette fois, il n'y aura pas d'équipe de Médecins sans Frontières (MSF) à bord.

Une charte éthique pour les ONG ?

En avril 2020, les deux ONG ont rompu leur partenariat en raison d'un désaccord sur la stratégie à adopter. "SOS Méditerranée a estimé que les Etats devaient donner des assurances supplémentaires concernant les lieux sûrs de débarquement et ce, avant de partir en mer. Pour MSF, l'impératif humanitaire reste immédiat, avec ou sans ces assurances", précisait Annemarie Loof, responsable des opérations de MSF, sur le site de l'ONG.

Des assurances qui ont sans doute été données, puisque les navires ont repris leur activité de sauvetage. Une source diplomatique a même évoqué à l'AFP la possible élaboration d'une charte. Un "code de conduite pour les ONG, pour s'assurer qu'elles travaillent de manière éthique, sans collusion, ni active, ni passive, avec les passeurs". On serait en effet bien loin de la situation prévalant depuis 2018, quand certains Etats accusaient les ONG de favoriser par leur présence le trafic.