"Pessimisme relatif" et "ressenti négatif" des Marocains sur leur vie quotidienne, explique une enquête officielle

Les résultats d'une "enquête de conjoncture" portant sur l'année 2019 ont été publiés par le Haut-Commissariat au Plan.

Marché dans les environs de Casablanca, au Maroc, le 23 octobre 2019.
Marché dans les environs de Casablanca, au Maroc, le 23 octobre 2019. (REUTERS - YOUSSEF BOUDLAL / X02771)

Le moral des ménages marocains vis-à-vis de leur niveau de vie s'est globalement dégradé en 2019 comparé à l'année précédente, tout comme leur perception de la situation des droits humains, selon "l’enquête permanente de conjoncture", menée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) du royaume chérifien. Cet organisme officiel, l'équivalent de l'Insee français, est chargé d'établir, d'analyser et de publier les statistiques officielles.

Par rapport à celle de 2018, l'enquête de 2019 constate "la persistance du pessimisme relatif aux perspectives du chômage, du coût de la vie et de l'épargne"

"Ce ressenti négatif est constaté aussi au niveau de l’évolution, entre 2018 et 2019, de la situation des droits de l'Homme, de la protection de l'environnement et de la qualité des services sociaux", poursuit le document. "Au quatrième trimestre de 2019, 43% des ménages déclarent une dégradation du niveau de vie au cours des 12 derniers mois."

Au terme d'une année marquée par plusieurs condamnations judiciaires d'activistes, de journalistes ou de voix critiques sur les réseaux sociaux, le HCP relève aussi la "perception d'une forte dégradation" de la situation des droits humains. "En 2019, 23,8% des ménages pensent que la situation des droits de l'Homme au Maroc s'est dégradée contre 18,7% en 2018", détaille l'enquête. Parallèlement, la perception de la qualité de l'enseignement et des services de santé, les deux grands sujets de mécontentement de la classe moyenne, s'enfonce dans le négatif.

Pour l'école, "le solde relatif à cet indicateur s’est détérioré en passant de moins 12,0 points en 2018 à moins 33,1 points en 2019 enregistrant ainsi son niveau le plus négatif depuis le début de l’enquête". Pour la santé, "le solde relatif à cet indicateur s’est détérioré en passant de moins 50,5 points à moins 61,4 points, entre 2018 et 2019, enregistrant ainsi son niveau le plus bas depuis le début de l’enquête"

Le Maroc  est "le pays le plus inégalitaire du nord de l'Afrique"

Fin 2019, le roi Mohammed VI a chargé une commission consultative spéciale de 35 membres de repenser le modèle de développement et de réduire les disparités sociales dans le pays, agité ces dernières années par plusieurs mouvements de contestation. Objectif de cette Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), selon son président Chakib Benmoussa, cité par l'agence marocaine officielle de presse MAP faire un diagnostic "précis et objectif" de la situation actuelle, en vue d’observer les dysfonctionnements de manière à renforcer les acquis et de tracer les contours du nouveau modèle de développement, a-t-il expliqué. Il s'agit aussi de diversifier les sources de création de richesses et d’élargir le cercle des bénéficiaires à l'ensemble des catégories sociales et espaces territoriaux, précise le site maroc-diplomatique.net.

La CSMD, qui doit remettre son rapport fin juin 2019, a mené ces dernières semaines une série d'auditions avec des étudiants, des représentants de partis politiques ou des syndicats.

Plusieurs rapports marocains et internationaux ont récemment alerté sur le creusement des disparités sociales dans le pays. Celles-ci touchent en particulier les jeunes de 15 à 24 ans, dont un quart ne fait pas d'études et se trouve au chômage, selon des données officielles.

En 2019, un rapport d'Oxfam avait décrit le Maroc comme "le pays le plus inégalitaire du nord de l'Afrique et dans la moitié la plus inégalitaire des pays de la planète""En 2018, trois milliardaires marocains les plus riches détenaient à eux seuls 4,5 milliards de dollars, affirmait le rapport. Leur richesse est telle que la croissance de leur fortune en une année représente autant que la consommation de 375 000 (Marocains) parmi les plus pauvres." Dans le même temps, "1,6 million de personnes" sur 35 millions d'habitants se trouvent en "situation de pauvreté".