Ouganda : la Rolls Royce royale réapparaît en bien triste état

Abandonnée depuis plus de 50 ans, la voiture appartenait à Mutesa II, dernier roi du Buganda et premier président de l'Ouganda. Elle a été rendue à la famille.

La Rolls Royce Phantom V du roi Mutesa II était entreposée au musée national ougandais mais n\'a jamais été exposée au public.
La Rolls Royce Phantom V du roi Mutesa II était entreposée au musée national ougandais mais n'a jamais été exposée au public. (Capture d'écran du Mail & Guardian)

Elle a bien triste allure avec son pare-choc cabossé, deux phares cassés et de la peinture rouge maculant une aile. Bien loin des fastes d'antan et du luxe usuel de la célèbre marque britannique. Mais cette Phantom V de 1961, devenue une quasi épave, est un objet historique, selon le quotidien sud-africain Mail and Guardian qui en raconte l’histoire. Elle a appartenu au premier président de l'Ouganda indépendante, Sir Edward Mutesa II. Premier président et dernier roi de l'époque coloniale du royaume du Buganda, le plus important des royaumes traditionnels de l'Ouganda actuel.

Un royaume jamais conquis qui a fait alliance avec le colonisateur britannique. A l'indépendance, Mutesa II échoue à faire de l'Ouganda une monarchie constitutionnelle. Mais il devient le président fantoche de la nouvelle république, tout en conservant son titre de roi du Buganda.

La voiture des monarques

Retour en 1965 où l'on retrouve la fameuse Phantom V, alors au sommet de sa superbe. A l'époque, cette Rolls Royce transporte les plus grands de ce monde, reines et rois, mais aussi pop stars. A commencer par la reine Elizabeth II qui en a utilisé deux. Naturellement, Mutesa II, baigné dans la culture britannique, possède la sienne.

Mais sa position politique devient intenable. En 1966, il est renversé et contraint à l'exil à Londres. Il aura peu goûté au luxe de sa limousine.

Milton Obote, le nouvel homme fort du pays, charge un certain Idi Amin Dada, son homme de confiance, de piller le palais royal. On y trouve en particulier une collection de véhicules de luxe composée, entre autres, de quatre Rolls Royce. On ignore ce que sont devenues trois d'entre elles.

Abandonnée dans un hangar

Mais la fameuse Phantom V de 1961 va être conservée ou plutôt stockée de longues années au palais présidentiel. En 1983, on décide de la déplacer au musée national ougandais. Mais elle ne sera jamais exposée, continuant de se dégrader dans un hangar à côté d'une Mercedes 600 ayant appartenu au dictateur Idi Amin Dada.

Après des années d'oubli, le véhicule vient d'être rendu à la famille royale. A la mort de Mutesa II en 1969, son fils lui a succédé à la tête du royaume du Buganda, rétabli sans prérogative en 1993 par le président Museveni. Un retour à la famille qui n'est pas allé de soi. Le gouvernement ougandais considérait que le véhicule appartenait à l'Etat, et était utilisé par Mutesa II dans le cadre de ses fonctions présidentielles. Finalement, le président Yoweri Museveni a cédé et a accepté de remettre la Rolls Royce aux héritiers.

Très cher cadeau

Une bonne chose aux yeux de la cour royale qui lors du coup d'Etat a perdu tous ses joyaux. "L'attaque contre le royaume a laissé une cicatrice dans le cœur du peuple bugandais", explique Charles Peter Mayiga son "Premier ministre" au Mail and Guardian. "Nous devons nous réconcilier de toutes les manières possibles. Rendre la voiture en est une." Cette Rolls Royce raconte en effet l'avènement dans la douleur du jeune Etat ougandais. Mais aussi la fin d'un royaume qui a perdu sa puissance pour ne plus être que le garant de la tradition.

Reste à remettre en état le véhicule, et la facture s'annonce salée. 200 000 dollars selon le quotidien sud-africain. Une somme comparable au prix atteint par une Phantom V chez Artcurial, la maison de vente aux enchères, en septembre 2020. 180 600 euros pour un véhicule de 1962 ayant appartenu à Charles Aznavour. Mais cette Phantom V était, elle, en parfait état.