Botswana: la bataille juridique pour mettre fin à la criminalisation de l'homosexualité est-elle sur le point d'aboutir?

Alors que le président du Botswana, Mokgweetsi Masisila, semble se montrer plus tolérant vis-à-vis des personnes LGBT, la Haute Cour examine une requête prônant la fin de la criminalisation de l'homosexualité, héritage de la colonisation britannique.

Le président du Botswana, Mokgweetsi Eric Keabetswe Masisi, attend son tour pour s\'exprimer lors du débat général de la 73e session de l\'Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 27 septembre 2018.
Le président du Botswana, Mokgweetsi Eric Keabetswe Masisi, attend son tour pour s'exprimer lors du débat général de la 73e session de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 27 septembre 2018. (TIMOTHY A. CLARY / AFP)

Le Code pénal du Botswana interdit «la connaissance charnelle de toute personne contre l’ordre naturel». Cette infraction est passible de sept ans de prison, dans ce pays d'Afrique australe, pourtant considéré comme l'un des plus démocratiques du continent.

Le requérant, un gay identifié par ses seules initiales LM, sur les documents lus par son avocat, conteste la constitutionnalité de deux articles du code pénal datant de1965. Ceux-ci ont pour conséquence d'entraver la capacité des LGBT à accéder aux services sociaux de base, d'augmenter les risques de discrimination et violer leurs droits dignité humaine fondamentale, estime ce demandeur anonyme.

"Ces articles (...) m'empêchent d'avoir des contacts avec d'autres personnes qui s'identifient de la même manière, de crainte d'être emprisonnées", explique LM, cité par son avocat Gosego Lekgowe, devant la Haute Cour.

L'abrogation de ces textes de loi offrirait aux gays et lesbiennes la possibilité d'avoir accès plus facilement aux soins et "affirmerait aussi les droits humains de base et la diversité de la nation du Botswana", a-t-il fait valoir, selon l'AFP.

Davantage de tolérance à l'égard des LGBT

Ces dernières années, des signes de tolérance sont apparus à l'égard des personnes LGBT, dans la société. Alors que des activistes s'étaient lancés dans une bataille juridique après le refus du ministère de l'Intérieur d'enregistrer l'organisation des Lesbiennes, gays et bisexuels du Botswana (LEGABIBO), la cour d'appel du pays a, en 2016, donné tort au gouvernement.

En décembre 2018, le président Mokgweetsi Masisi avait affirmé, lors d'une réunion sur les violences faites aux femmes et aux enfants, qu'il y avait "beaucoup de personnes vivant dans une relation de même sexe dans ce pays qui ont été violées et qui ont également souffert en silence". Le chef de l'Etat avait même ajouté : "tout comme les autres citoyens, elles méritent que leurs droits soient protégés".

Peu après les propos présidentiels, la Haute Cour, saisie en mai 2018, avait indiqué qu'elle examinerait la requête visant à dépénaliser l'homosexualité, le 14 mai 2019. Elle n'aurait pas pu le faire plus tôt pour des raisons de logistique, selon Komitid

L'opinion publique est progressivement devenue plus souple au sujet de l'homosexualité. Les lois sur l'emploi interdisent même maintenant toute discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, a souligné Me Lekgowe, cité par l'AFP.

Ces signes positifs tranchent avec de nombreux pays d'Afrique subsaharienne dont les lois vis-à-vis des homosexuels sont discriminatoires.

L'Angola et le Mozambique ont, quant à eux, abrogé des lois antigays ces dernières années, tandis que la Haute Cour de Nairobi réfléchit à la question de savoir si le Kenya prendra les mêmes mesures. Dans l'Afrique du Sud voisine, toute discrimination fondée sur l'orientation sexuelle est interdite par la Constitution.