Afrique du Sud: Pretoria veut accélérer les expropriations de fermiers blancs

Le gouvernement sud-africain veut accélérer le rythme de la redistribution des terres agricoles à des fermiers noirs. En expropriant sans compensation les fermiers blancs qui détiennent environ 71% des terres cultivables, 25 ans après la fin de l’apartheid. Ces derniers redoutent un bis repetita de ce qui s'est passé au Zimbabwe.

Hans Bergmann, 66 ans, un fermier blanc agressé chez lui en 2017, à Tzaneen, en Afrique du Sud. 
Hans Bergmann, 66 ans, un fermier blanc agressé chez lui en 2017, à Tzaneen, en Afrique du Sud.  (GULSHAN KHAN / AFP)

A un an des élections générale de 2019, l'Etat sud-africain accentue sa pression sur les fermiers blancs. Ces derniers, qui ne représentent que 10% de la population, détiennent près des trois quarts du territoire. Le gouvernement s'est engagé à «accélérer» la réforme agraire pour «réparer la grave injustice historique» infligée à la majorité noire pendant l'apartheid. Le Parlement sud-africain s'est prononcé, en février 2018, en faveur d’une modification de la Constitution afin d'autoriser l'expropriation des propriétaires blancs, sans compensation financière, afin que les populations noires spoliées retrouvent leurs lopins de terre.

Depuis ce vote, soutenu par le Congrès national africain (ANC), fer de lance de la lutte anti-apartheid, un climat de panique règne chez les investisseurs privés et exploitants agricoles blancs. «Nos gars pensent littéralement que quelqu’un va frapper à leurs portes et saisir leurs terres», a constaté Omri Van Zyl, un opposant à cette mesure, directeur de l'association AgriSA, qui regroupe 35.000 fermiers blancs, cité par le site rtbf.be.


Asile politique en Russie
Environ 50 familles de fermiers blancs sud-africains cherchent l'asile politique en Russie pour échapper aux menaces de mort et aux violences dans leur pays natal, selon le site RT France. Une délégation russe doit d'ailleurs se rendre prochainement en Afrique du Sud pour finaliser un plan de «réinstallation des Boers» en Russie, qui seraient au nombre de «15.000», selon le vice-délégué aux droits de l'Homme de la région de Stavropol, Vladimir Poluboyarenko, cité par ce site d'information russe.

L'ONG AfriForum, porte-parole la minorité blanche, est vent debout contre ce projet de révision constitutionnelle, assurant que «le droit de propriété est la pierre angulaire du développement économique». Plusieurs experts le jugent électoraliste, car il permettrait à l'ANC de remporter des voix face aux Combattants pour la liberté économique (EFF), parti de la gauche radicale sud-africaine, qui a fait de la terre, comme l'ANC, son cheval de bataille. 

Dans la province du Cap et autour des grandes agglomérations, les «land invasions» (occupations de terre) se sont multipliées ces derniers mois, à l’appel de l'EFF qui réclame la nationalisation des terres agricoles.

Seuls 8% des terres ont changé de main
Lancée en 1994 lors de l'arrivée au pouvoir de l'ANC, avec le principe du «willing buyer ­willing seller» («vendeur et acheteur consentants»), la politique de redistribution des terres n'a pourtant pas donné les résultats escomptés: dix ans plus tard, seuls 3,1 millions d'hectares ont ainsi changé de main, soit moins de 4% des terres contre 8% aujourd'hui.

La première expropriation d'un éleveur de bétail sud-africain remonte à 2005, à l'issue une bataille d'experts de plus de deux ans, selon Le Monde. Les 500 hectares que ce fermier blanc, Hannes Visser, exploitait dans la province du Nord-Ouest faisaient l'objet d'une réclamation de la part des descendants des anciens propriétaires noirs contraints de céder leurs terres à l'Etat en 1942. 

Selon la police sud-africaine, 74 agriculteurs ont été tués entre 2016 et 2017 en Afrique du Sud. Il s'agit pour la quasi-totalité d'entre-eux de Blancs d'après l'organisation AfriForum. 

Le spectre du Zimbabwe
Cette ONG a reçu le soutien du ministre australien de l'Intérieur. «Les fermiers blancs sont persécutés», a affirmé Peter Dutton, provoquant une mini-crise diplomatique avec Pretoria. Les fermiers blancs, dont certains se disent victimes d'un génocide, méritent une «attention spéciale», a-t-il  ajouté à l'AFP, précisant qu'il étudiait la possibilité de les accueillir via des visas humanitaires ou de réfugiés.

Les fermiers blancs sud-africains redoutent le spectre du Zimbabwe qui a expulsé massivement et sans compensation 4.500 agriculteurs blancs au profit des Noirs au début des années 2000. Ce qui avait provoqué l'effondrement de l'économique du pays. Depuis cette politique d'expropriation, sous Mugabe, la population blanche est tombée à moins de 1% des 16 millions d'habitants du pays.