La galerie Magnin-A expose à Paris "Signares", la série de photos de Fabrice Monteiro

A travers ses clichés, le photographe écrit l'histoire des signares, ces femmes qui ont marqué l’histoire du Sénégal.

Fabrice Monteiro réalise en 2011 une série de 14 photos consacrée aux signares, une caste féminine dont l'ascension a commencé au XVIIIe siècle et qui occupe encore aujourd’hui une place de premier plan dans les sociétés Saint-Louisienne et Goréenne, au Sénégal. Sur ces photos, qui se situent à l'intersection du photojournalisme, de la photographie de mode et du tableau vivant, les modèles sont vêtus des créations de la Sénégalaise Mame Fagueye Ba. Les vestiges des palais des gouverneurs de Saint-Louis et de Gorée ont servi de décor. L'exposition "Signares" est visible jusqu'au 31 juillet 2021 à la galerie Magnin-A à Paris.

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"Au Sénégal, l'émancipation des femmes, le prestige et la richesse se mesurent à la parure. Des coiffures travaillées aux foulards chatoyants et des vêtements sophistiqués, jusqu'aux souliers brodés et le tintement de l’or des bracelets, les femmes sénégalaises utilisent la mode à des fins sociopolitiques et économiques, ainsi que pour célébrer leur propre histoire", explique la galerie.      FABRICE MONTEIRO, ADAGP/COURTESY GALERIE MAGNIN-A, PARIS
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Les signares (du portugais senhora) étaient les jeunes femmes noires ou métisses de la Petite Côte du Sénégal, dans les comptoirs de Rufisque (Rufisco) au XVIIe siècle, puis de Gorée et de Saint-Louis jusqu'au milieu du XIXe siècle. Cette francisation du mot portugais senhora (dame) désigne à l'origine les Africaines qui, vivant en concubinage avec des Européens influents, acquirent un rôle économique et un rang social élevé.    FABRICE MONTEIRO, ADAGP/COURTESY GALERIE MAGNIN-A, PARIS
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Les signares semblent avoir existé depuis la fin du XVe siècle dans les comptoirs portugais sur toute la côte occidentale entre le Sénégal et le cap des Palmes. Cette appellation s'applique ensuite à toute femme retirant une certaine notoriété soit de son métissage, soit de son habileté de commerçante, souvent des deux à la fois. Elles réussirent au cours de différentes périodes d’occupation à résister aux gouverneurs et officiers qui contestaient régulièrement leur pouvoir et leurs privilèges.    FABRICE MONTEIRO, ADAGP/COURTESY GALERIE MAGNIN-A, PARIS
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Ces femmes étaient réputées pour leur beauté envoûtante et leurs richesses, qu'elles firent fructifier habilement au cours du temps. Entre coquetterie quotidienne et fêtes dominicales, elles menèrent des vies d’indépendance loin de la domination patriarcale. Encore aujourd’hui, les descendantes des signares exercent un fort pouvoir d’influence au sein de la société.    FABRICE MONTEIRO, ADAGP/COURTESY GALERIE MAGNIN-A, PARIS
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Fabrice Monteiro, né en 1972 en Belgique, a grandi au Bénin. Aujourd’hui, il vit et travaille à Dakar au Sénégal. Fils d’un père béninois et d’une mère belge, il est un Agouda, un descendant des esclaves brésiliens portant des noms portugais. "La mixité de mes cultures d’origine est ma première source d’inspiration. Les relations entre Afrique et Europe n’ont cessé d’osciller entre attirance et rejet, responsabilisation et déni, reconnaissance et colère. Jamais elles n’ont été indifférentes. L’histoire des peuples afro-européens de ces derniers siècles, dont j’ai hérité la complexité jusque dans mes gènes, oriente tous mes choix artistiques et me donne le regard singulier du vécu", déclare le photographe.      FABRICE MONTEIRO, ADAGP/COURTESY GALERIE MAGNIN-A, PARIS