Comment la RD Congo est venue à bout des rebelles du M23

Le Mouvement du 23 Mars a annoncé mardi "mettre un terme à sa rébellion" après avoir été chassé par les armes des dernières positions qu'il occupait depuis plus d'un an dans l'est du pays.

Des soldats de l\'armée de la République démocratique du Congo près de Bunagana, ex-fief des rebelles du M23, le 1er novembre 2013. 
Des soldats de l'armée de la République démocratique du Congo près de Bunagana, ex-fief des rebelles du M23, le 1er novembre 2013.  (© STRINGER . / REUTERS / X80002)

Est-ce la fin du M23 et de la guerre en République démocratique du Congo (RDC) ? Le Mouvement du 23 Mars a annoncé mardi 5 novembre "mettre un terme à sa rébellion" quelques heures après avoir été chassé par les armes des dernières positions qu'il occupait depuis plus d'un an dans l'est du pays. Un peu plus tôt, le gouvernement de Kinshasa avait annoncé avoir obtenu une "victoire totale" sur les rebelles du M23, deux jours après l'annonce d'un cessez-le-feu. Victoire confirmée par l'armée. Francetv info revient sur les étapes de la défaite du M23. 

Le M23 lâché par le Rwanda et l'Ouganda

Le M23 est né d'une mutinerie d'anciens rebelles, essentiellement tutsi, intégrés dans l'armée congolaise trois ans plus tôt après un accord de paix. Au faîte de sa puissance, il avait occupé Goma, la grande ville de l'est du pays, capitale de la riche province minière du Nord-Kivu,  pendant quelques jours en novembre, avant de se replier à quelques kilomètres sous la pression de la communauté internationale.

Le mouvement semble avoir été lâché par le Rwanda et l'Ouganda, les deux pays accusés par les Nations unies de le soutenir, et qui ont fait l'objet d'intenses pressions diplomatiques, notamment américaines, pour que cela cesse. Cette mobilisation internationale avait déjà abouti, en novembre 2012, au départ des rebelles de Goma, assiégée quelques jours.

La prise du fief des rebelles, Bunagana

La semaine dernière, c'est leur fief et dernière place forte, Bunagana, à la frontière avec le Rwanda, qui est tombé. Les rebelles s'étaient alors retirés sur trois collines des environs, dans les montagnes aux confins du Rwanda et de l'Ouganda, à près de 2 000 mètres d'altitude : Mbuzi, Runyonyi et Chanzu, d'où leur mouvement avait été lancé en avril 2012.

Au début de l'offensive contre les derniers bastions rebelles, samedi, il ne restait plus, selon les estimations, que 200 à 300 combattants du M23, retranchés sur Mbuzi, Runyonyi et Chanzu.

La chute des derniers bastions, avec l'aide des Nations unies

Mbuzi est tombée lundi à la mi-journée, et, dans l'après-midi, des éléments de la Brigade d'intervention de la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco) se sont joints aux force gouvernementales pour pilonner au mortier les positions rebelles. 

"Les derniers résidus du M23 viennent d'abandonner leurs retranchements de Chanzu et Runyonyi sous la pression des FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) qui viennent d'y entrer", s'est ensuite félicité le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais. Runyoni et Chanzu sont tombées, on a fini le travail", a confirmé le lieutenant-colonel Olivier Amuli, un porte-parole de l'armée pour la province du Nord Kivu. 

"Ils ont brûlé 42 véhicules et leurs dépôts de munitions ; ils se sont dispersés dans tous les sens, chacun pour soi et Dieu pour tous. Les combats ont duré toute la nuit", a commenté un officier des FARDC. Selon le gouverneur du Nord-Kivu, le chef militaire des rebelles, Sultani Makenga, "a fui vers le Rwanda".

Et maintenant, la signature d'un accord de paix ?  

Parallèlement aux combats, les deux parties discutent bon an mal an à Kampala, sous l'égide de l'Ouganda, depuis décembre. Mais ces pourparlers bloquent depuis plusieurs semaines, essentiellement sur la question de l'amnistie dont pourraient bénéficier les rebelles. La RDC et les Nations unies refusent que celle-ci profite aux responsables du M23 accusés de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et autres violations graves des droits de l'homme.

"Exiger [du] M23 de donner une victoire militaire au [gouvernement comme] condition pour la signature de l'accord de paix relève du traditionnel populisme", a estimé Bertrand Bisimwa, président de la branche politique du M23 sur son compte Twitter, peu après l'annonce de la chute des derniers bastions rebelles. 

La direction du M23 semble toutefois encline à négocier. Dans son communiqué elle "annonce (...) qu'elle a décidé (...) de poursuivre, par des moyens purement politiques, la recherche des solutions aux causes profondes qui ont présidé à sa création".