République démocratique du Congo : la guerre oubliée

La rébellion du M23 menace de prendre la ville de Goma, à l'est du Congo. Les populations fuient ce conflit sur fond de trafic de minerais précieux et d'influence étrangère.

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Les collines verdoyantes au pied du volcan Nyiragongo, non loin de la ville congolaise de Goma, dans la région des Grands Lacs, pourraient passer pour un petit paradis. Sur ces terres très fertiles, situées à la frontière rwandaise, on cultivait haricots, oignons, bananes, pommes de terre, mais aussi café, coton ou thé. MICHELE SIBILONI / AFP
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Pourtant, la vie dans le Nord-Kivu n'a rien d'idyllique. Une partie de la population a fui des combats cet été. Certains ont échoué dans des camps de fortune, près de Goma. JEROME DELAY / AP / SIPA
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Ils espèrent trouver la protection de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco). Elle a été déployée en 1999, d'abord pour observer un cessez-le-feu dans cette région secouée par les conséquences du génocide rwandais. En 1994, près de 1,2 million de Hutu rwandais, dont certains ont participé aux massacres des Tutsi, ont franchi la frontière pour se réfugier au Kivu. MICHELE SIBILONI / AFP
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Des enfants regardent à travers la fenêtre d'une école de Katoyi, le 4 juin 2012, où des réfugiés s'abritent. PHIL MOORE / AFP
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Au camp de réfugiés de Kibati, sous la pluie, des femmes vendent patates douces et manioc. Les récoltes dans la région où se déroulent les combats sont interrompues. Les rebelles interdisent aux paysans d'aller dans les champs. Quelque 250 000 personnes ont fui les combats qui opposent le M23 à l'armée congolaise. A Goma, ils sont 30 à 40 000 réfugiés. MICHELE SIBILONI / AFP
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Dans les camps, les conditions sanitaires sont mauvaises. Esperance Zawadi, 18 ans, et son bébé, Steve Kwizera, 11 mois, se reposent à l'hôpital de Kibati, le 6 août 2012. Le bébé est sous observation : il a les symptômes du choléra. Médecins sans frontières a déjà recensé des dizaines de cas de la maladie, qui se transmet via de l'eau souillée. JEROME DELAY / AP / SIPA
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La situation n'est hélas pas une première. Les populations du Kivu sont régulièrement déplacées. En décembre 2008, ces enfants poussaient sur un vélo de bois des denrées alimentaires. A l'époque, le mouvement rebelle qui affrontait l'armée s'appelait le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). PETER ANDREWS / REUTERS
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Aujourd'hui, c'est le M23, dont fait partie ce soldat à Bunagana, le 23 juillet 2012. M23 pour mouvement du 23 mars (2009). Ce jour-là, un accord a été signé entre l'armée et le CNDP. Il prévoyait d'intégrer les membres du groupe armé aux troupes de Kinshasa. Le M23 est une nouvelle version du CNDP. PHIL MOORE / AFP
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Leur chef : le colonel Sultani Makenga (au centre), ici photographié le 8 juillet à Bunagana. MARC HOFER / AP / SIPA
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Face à eux, une armée congolaise mal payée et pas forcément mieux armée que ses adversaires. Ici, un soldat des forces congolaises transporte une chèvre sur son char, le 29 juillet 2012, à Kiuma, à 25 km de Goma. PHIL MOORE / AFP
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Une rue de Goma, le 12 juillet. En menaçant de prendre la ville, le M23 entend obtenir l'amélioration des infrastructures et des conditions de vie des Congolais. Au classement 2011 de l'Indice de développement humain des Nations unies, la République démocratique du Congo est 187e et dernier pays du monde. PHIL MOORE / AFP
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Mais les motivations du M23 ne sont pas si altruistes. Sa naissance en avril 2012 coïncide avec l'annonce par le président congolais Joseph Kabila de son intention d'arrêter Bosco Ntaganda. Cet ancien dirigeant du CNDP, surnommé "Terminator", est inculpé par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. KATRINA MANSON / REUTERS
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Les anciens du CNDP ont-ils redouté de perdre le contrôle de la très lucrative exploitation de minerais précieux ? En effet, l'accord du 23 mars 2009 permettait aux ex-rebelles, en les intégrant à l'armée, de conserver ce privilège. Ici, le 12 avril 2010, sur le site de la mine de Walikalé, où près de 8 000 personnes vivent de l'extraction de cassitérite. EMMANUEL PEUCHOT / AFP
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Depuis les mines artisanales (ici à Walikalé, le 17 septembre 2010), les minerais sont souvent acheminés à dos d'homme. L'est du Congo regorge de ces matières premières, qui entrent dans la composition des téléphones portables et des ordinateurs. SCHALK VAN ZUYDAM / AP / SIPA
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Derrière le groupe rebelle se cacherait la main de voisins intéressés par ces richesses. Un rapport d'experts de l'ONU publié en juin dernier affirme que le Rwanda soutient le M23. Kigali dément. Mais plusieurs pays ont déjà retiré leur aide à la RDC, et des ONG ont aussi pointé du doigt l'Ouganda. Sur cette photo, le président rwandais Paul Kagame, reçu en septembre 2011 à l'Elysée par Nicolas Sarkozy. FRED DUFOUR / AFP
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Au bout du compte, dans ce conflit qui dure depuis une vingtaine d'années, les populations civiles sont souvent les premières victimes des exactions. Ici, un homme abattu fin juillet 2012. Le M23 accuse l'armée congolaise d'avoir massacré 70 personnes parce qu'elles auraient eu un "lien familial" avec le groupe rebelle. PHIL MOORE / AFP