Sénégal : l'opposition mise sur les législatives pour imposer une cohabitation à Macky Sall

Le scrutin du 31 juillet s'apparente au "premier tour"  de la présidentielle de 2024.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Un homme passe à vélo devant une affiche électorale à Dakar, le 27 juillet 2022, alors que le Sénégal vote le 31 juillet 2022 pour l'élection des 165 membres de l'Assemblée nationale. (JOHN WESSELS / AFP)

Sept millions de Sénégalais sont convoqués le 31 juillet pour élire leurs députés lors de législatives ayant valeur de test avant la présidentielle de février 2024. L'opposition veut mettre à profit ce scrutin pour imposer une cohabitation au président Macky Sall et freiner les intentions qu'elle lui prête de vouloir faire un troisième mandat. Le président Sall, élu en 2012 pour sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, maintient le flou sur ses intentions en 2024. 

Ce scrutin législatif, à un seul tour, permettra de renouveler pour cinq ans les 165 sièges du Parlement monocaméral largement contrôlé par le camp présidentiel. Les députés sont élus selon un mode qui panache scrutin proportionnel avec des listes nationales pour 53 parlementaires, et scrutin majoritaire dans les départements pour 97 autres. La diaspora dispose de 15 députés. La campagne électorale, qui a duré 21 jours, se termine le 29 juillet. Voici ce qu'il faut savoir sur le scrutin à venir.

Les enjeux

"On peut considérer ces législatives comme le premier tour de la présidentielle de 2024", affirme à l'AFP le chercheur et analyste politique Cheikh Guèye. Le scrutin se déroule dans un contexte de hausse des prix, notamment à cause des conséquences de la guerre en Ukraine, un argument utilisé par l'opposition contre le pouvoir. Ce dernier, pour sa part, met en avant les subventions des produits pétroliers et des denrées alimentaires ainsi que son programme de construction d'infrastructures.

L'opposition veut, elle, contraindre Macky Sall à renoncer à toute velléité de candidature en 2024. "Si Macky Sall les perd (les législatives), il ne parlera plus de 3e mandat", a assuré Ousmane Sonko, le leader de la principale coalition de l'opposition, "Yewwi Askan Wi" (Libérer le Peuple en langue wolof) et candidat à la présidentielle de 2024. 

Pour le pouvoir, les élections législatives font figure de test après les locales de janvier, remportées par l'opposition dans de grandes villes du pays comme Dakar, la capitale, Ziguinchor (sud) et Thiès (ouest).

L'offre politique 

Huit coalitions sont en lice pour ces législatives dont celles de la majorité présidentielle, "Benno Bokk Yakaar", et "Yewwi Askan Wi" formée autour d'Ousmane Sonko, arrivé troisième lors de la présidentielle de 2019. Celle-ci s'est alliée à la coalition "Wallu Sénégal" (Sauver le Sénégal en wolof), dirigée par l'ex-président Abdoulaye Wade. La coalition la moins bien placée dans un département s'engageant à soutenir l'autre avec pour objectif d' "obtenir une majorité parlementaire" et "d'imposer une cohabitation gouvernementale". Macky Sall a promis de nommer un Premier ministre, poste qu'il avait supprimé puis rétabli en décembre 2021, au sein de la formation victorieuse des élections.

"Nous sommes dans le cadre d’élections très disputées, analyse le politologue Maurice Soudieck Dione dans les colonnes du journal sénégalais Sud Quotidien. Elles sont également incertaines quant aux résultats, ce qui est un gage de vitalité démocratique".

Une campagne émaillée de violences

Des rassemblements géants et des caravanes bruyantes ont sillonné le pays généralement dans le calme, alors que la pré-campagne avait été marquée par de violentes manifestations qui avaient fait au moins trois morts. Ces incidents avaient suivi l'invalidation par le ministère de l'Intérieur, confirmée par le Conseil constitutionnel, des titulaires de la liste nationale de la coalition dirigée par Ousmane Sonko, invoquant l'inéligibilité d'une de ses candidates, figurant par inadvertance à la fois parmi les titulaires et les suppléants.

En outre, plusieurs figures de l'opposition dont Ousmane Sonko, ont été contraintes de renoncer à participer aux élections, non sans avoir appelé leurs soutiens à protester contre ce qu'ils estimaient être un stratagème du président Macky Sall pour écarter ses adversaires sous couvert de moyens légaux. Mis à part la première manifestation, toutes les autres avaient été interdites par les autorités. Le 29 juin, l'opposition a finalement calmé le jeu en acceptant de participer au scrutin, qu'elle menaçait jusqu'alors d'empêcher.

Dans un ultime appel au calme, la Comission électorale nationale autonome (Cena), rappelle le site d'informations Leral.net, a invité "les responsables et les formations politiques" à "sensibiliser leurs militants, partisans et sympathisants" afin que le scrutin du 31 juillet se déroule dans "la paix et la sécurité".




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