Libye : l’émissaire de l’ONU, Ghassan Salamé, évoque une «forte lassitude»

Les combats qui faisaient rage au sud de Tripoli depuis près d’un mois se sont brusquement arrêtés après des menaces de sanctions et une réunion de l’émissaire de l’ONU avec des membres du parlement libyen. Face à la situation, qui reste malgré tout très précaire, Ghassan Salamé a évoqué sur son compte Twitter une «forte lassitude» qui laisse penser que le calendrier électoral ne pourra être tenu.

Photo de l\'émissaire spécial de l\'ONU, Ghassan Salamé, lors de son intervention en visioconférence depuis la Libye auprès des chefs de la diplomatie des 28 pays de l\'UE, en marge de l\'Assemblée générale de l\'ONU à New York, le 24 septembre 2018.
Photo de l'émissaire spécial de l'ONU, Ghassan Salamé, lors de son intervention en visioconférence depuis la Libye auprès des chefs de la diplomatie des 28 pays de l'UE, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, le 24 septembre 2018. (UNSMIL)

Les affrontements qui ont fait 115 morts et 400 blessés depuis le 27 août 2018 à la périphérie Sud de la capitale libyenne se sont brusquement arrêtés le 24 septembre.

L'appel de Le Drian à plus de fermeté et de nouvelles sanctions 
Conséquences de l’appel du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, à plus de fermeté de la communauté internationale ainsi que de nouvelles sanctions contre ceux qui bloquent le processus politique ou résultat d’une rencontre de l’émissaire de l’ONU en Libye avec des membres du parlement?
 
Un calme précaire est en tout cas revenu à Tripoli, ouvrant la voie à un retour des déplacés et à l'ouverture du seul aéroport opérationnel dans la capitale libyenne.
 
Le ministère de l'Intérieur du gouvernement d’union nationale (GNA) d’Al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale, a annoncé avoir commencé à déblayer les routes fermées par les milices et appelé les habitants des quartiers touchés par les combats à être vigilants à leur retour chez eux et à signaler tout corps suspect.
 
Dans un communiqué, l'Office de l'aviation civile a annoncé en début de soirée du 25 septembre la réouverture à partir de l'aéroport de Mitiga, le seul opérationnel situé à l'est de la capitale.
 
Libérer le gouvernement d'Al-Sarraj de l'emprise des groupes armés
De son côté, le chef de la mission de l’ONU en Libye (Manul), Ghassan Salamé, est intervenu par visioconférence auprès des chefs de la diplomatie des 28 pays de l’Union européenne, en marge de l’assemblée générale de des Nations Unies.
 
Au cours de cette liaison, le 24 septembre, il a estimé «nécessaire de libérer le gouvernement de l'emprise des groupes armés».
 
«Les priorités sont, leur a-t-il dit, de faire baisser le niveau de violence, mettre en application de nouvelles mesures sécuritaires à Tripoli et de soutenir le comité de surveillance du cessez-le-feu.»
 
 Il a en outre réclamé des sanctions contre ceux qui «violent le droit international humanitaire». «Nous réunissons des preuves et nous préparons des listes pour les présenter au Conseil de sécurité de l'ONU», a-t-il dit, selon la Manul.
 
Conscient désormais, comme la diplomatie française, de la difficulté à tenir le calendrier électoral fixé au 10 décembre prochain par les accords inter libyens, signés sous le parrainage de la France et l’ONU à Paris, Ghassan Salamé tente malgré tout de sauver ce qui peut l’être encore.
 
La «forte lassitude» de Ghassan Salamé
Dans un message posté sur son compteTwitter privé, il a lancé un appel à la raison assorti d’une impression très personnelle sur l’état des choses en Libye sans la nommer.

 
«Le jour où la politique sera de servir les gens, d’assurer la sécurité, d’élever l’Etat au-dessus des instincts sectaires et d’être une confrontation saine d’idées et de programmes, elle aura un sens et aura de la grandeur. Mais quand elle dérape et devient une simple rivalité pour des sièges, j’éprouve une forte lassitude», a-t-il écrit.

Dans un tweet précédent, il avait cité Nelson Mandela, en préventif, en cas d'échec de sa mission: «Je ne perds jamais! Je gagne ou j'apprends...» disait, selon lui, l'ancien président sud-africain. 
 
Une manière de réaffirmer malgré tout, comme l’a fait le président français depuis New York, son attachement à une solution politique du chaos libyen.
 
Lors de son intervention à la tribune de l’assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron a appelé la communauté internationale à mettre fin à ses divisions sur la Libye si elle veut aboutir à une sortie de crise dans ce pays.
 
«A Paris, les Libyens ont pris l'engagement d'organiser rapidement des élections qui permettront de réunifier les institutions de l'Etat», a-t-il rappelé, «il faut que ces engagements soient tenus sous l'égide des Nations Unies avec une coopération étroite de l'Union africaine.»
 
«Le statu quo actuel permet aux milices, aux trafiquants de gagner du terrain, déstabilisant toute la région», a-t-il prévenu.