L'Afrique du Sud doit-elle changer de nom et devenir l'Azania?

Bien que certains l'accusent d'utiliser une ficelle un peu grosse en ces temps de récession et de soupçons de corruption en cascade sur le président Zuma, le ministre sud-africain de la Culture veut relancer le débat sur le nom de la Nation arc-en-ciel, chère à Mandela. En finir avec l'appellation «Afrique du Sud» héritée des colons britanniques, voilà de quoi mobiliser le pays, pense-t-il.

CARTE AFRIQUE DU SUD
CARTE AFRIQUE DU SUD (AFP/LF)

A moins de deux ans de l'élection présidentielle de 2019 et alors que l'ANC, au pouvoir depuis 1994, se déchire, le ministre Nathi Mthethwa veut convaincre son parti de lancer une campagne pour rebaptiser l'Afrique du Sud.

Ses arguments: l'actuel nom ne donne qu'une indication géographique sans référence à la culture du pays et c'est de surcroît le témoignage encombrant du passé colonial des terres sud-africaines.

Les Sud-Africains appelés à faire part de leurs idées
Selon M.Thethwa, il est plus que temps de s'occuper de cette question. Pour lui, le pays aurait dû être renommé après son indépendance en 1961, comme l'ont fait le Zimbabwe (ex-Rhodésie), la Namibie (ex-Sud-Ouest africain) ou encore le Mozambique (ex-Afrique orientale portugaise).

Pour faire avancer son idée, le ministre estime que c’est aux Sud-Africains de faire des propositions sur le nouveau nom qu’ils aimeraient pour leur pays. De son côté, le président de la Convention des peuples africains, Themba Godi, a déjà donné sa réponse. Il propose «Azania», un terme très populaire et aimé des Sud-Africains les plus nationalistes.

 


Sur les réseaux sociaux, on a plutôt l'air d'accord avec «Azania», qui vient de l'antique appellation «Ajan» pour désigner une partie de la côte de l'Afrique orientale.

Un terme que beaucoup ont souvent entendu dans la bouche de leurs parents en signe de résistance au régime de l'apartheid.

Pour l'opposition, le coût serait trop élevé
Mais l'opposition sud-africaine actuelle ne l'entend pas vraiment de cette oreille. Certes, depuis que les Noirs d'Afrique du Sud ont repris leur destin en main, nombre de provinces, de villes et de rues ont été renommées mais, s'agissant du nom officiel du pays, le changement engendrerait trop de dépenses, mal venues en période de difficultés économiques, selon les opposants. En somme, ce serait du gaspillage.

Et de suggérer que les autorités s'attaquent plutôt aux inégalités et au chômage qui frappent la population et ne tentent pas de diversion alors que le président Zuma, empêtré dans les scandales politico-financiers, dont le GuptaLeaks, pourrait faire l'objet d'un vote de défiance au Parlement, où l'usage des bulletins secrets a été autorisé par la Cour constitutionnelle le 22 juin 2017.