L'accord de paix au Soudan "pose les fondations d'une paix durable"

Il a été paraphé le 31 août par la majorité des mouvements armés et organisations politiques soudanais. Il entérine la transformation démocratique du Soudan.

Devant le tribunal de Khartoum, au Soudan, où comparaissent l\'ancien président soudanais Omar el-Béchir et plus de 20 anciens responsables du régime, le 1er septembre 2020. 
Devant le tribunal de Khartoum, au Soudan, où comparaissent l'ancien président soudanais Omar el-Béchir et plus de 20 anciens responsables du régime, le 1er septembre 2020.  (MAHMOUD HJAJ / ANADOLU AGENCY)

Après des mois de négociations, l'accord de paix doit mettre un terme aux 17 années de conflits qui ont fait des centaines de milliers de morts notamment au Darfour (ouest). Il a été paraphé lundi 31 août par les rebelles et le gouvernement, lors d'une cérémonie dans la capitale du Soudan du Sud Juba. L'accord ouvre la voie à une paix durable au Soudan ravagé par les conflits sous le régime d'Omar el-Béchir, balayé par la rue le 11 avril 2019.

Cet accord de paix crée un nouvel Etat soudanais et remédie aux injustices du passéLe Premier ministre soudanais Abdallah HamdokLe 1er septembre à Khartoum

Quatre organisations politiques et cinq mouvements armés, qui composent le Front révolutionnaire soudanais (FRS), l'ont paraphé. Seuls deux groupes ne l'ont pas encore signé : le SLA-AW et le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord, mouvements rebelles, partisans d'un Etat laïc et fédéral.

Les mouvements armés rejoindront l'armée régulière

Cet accord de paix concerne sécurité, propriété foncière, justice transitionnelle, réparations et compensations, développement du secteur nomade et pastoral, partage des richesses, partage du pouvoir et retour des réfugiés et des déplacés. Il stipule que les mouvements armés devront, à terme, être démantelés et que leurs combattants intégrer l'armée régulière. Celle-ci sera réorganisée pour représenter toutes les composantes du peuple soudanais. D'autres accords portant sur le développement du pays ont été paraphés avec des responsables politiques et tribaux de plusieurs régions.

Cet accord représente un rayon d'espoir pour des millions de Soudanais du Darfour, du Kordofan-Sud et du Nil Bleu où leurs droits humains ont été systématiquement violés par le gouvernement de l'ancien président Omar el-BechirDeprose Muchena, directeur d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Est et du Sud-Est

"Maintenant que la plupart des parties au conflit sont dans l'accord, le gouvernement du Soudan doit mener des enquêtes effectives, approfondies et impartiales sur les allégations de violations des droits de l'Homme et des lois humanitaires commises par des membres des forces armées, de leurs milices alliées ou des groupes armés", a souligné Deprose Muchena.

Cet accord a été paraphé dans un premier temps par les mouvements rebelles du Darfour, où la guerre débutée en 2003 a fait au moins 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés selon l'ONU. Et dans un second temps, par le mouvement rebelle du Kordofan-Sud et du Nil bleu, où la guerre a affecté un million de personnes.

"Fondamental pour la transition démocratique"

"Nous savons que nous allons affronter quelques problèmes lorsque nous allons commencer à procéder (à la mise en œuvre de l'accord) sur le terrain, mais nous avons cette volonté politique", a réagi auprès de l'AFP Fayçal Mohamed Saleh, porte-parole du gouvernement. "Nous pensons que nous avons commencé la réelle transformation du Soudan d'une dictature vers une démocratie (...) parce que nous sommes désormais rejoints par les mouvements armés de gens de toutes les régions du Soudan", a-t-il poursuivi.

"Il pose les fondations d'une paix durable et de la stabilité au Darfour et dans les autres régions minées par les conflits", a de son côté réagi dans un communiqué la "Troïka" (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Norvège). Cela est "fondamental pour la transition démocratique soudanaise", ont ajouté ces trois pays, en référence au processus en cours au Soudan depuis la chute du régime d'Omar el-Béchir au printemps 2019.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a également salué l'accord. Et félicité "le peuple soudanais pour cette réalisation historique et les parties aux négociations pour leur volonté politique et leur détermination à œuvrer en faveur de l'objectif commun de la paix".

Désormais, le plus dur reste à faire, à savoir financer et appliquer cet accord dans les mois à venir.