Gorbatchev, un acteur clé des luttes de libération en Afrique australe

En rendant hommage à Mikhaïl Gorbatchev, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a mis en avant sa contribution à la fin du régime de l'apartheid. 

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Un portrait de l'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev et des fleurs sont placés au siège de sa fondation, le lendemain de son décès, à Moscou, en Russie, le mercredi 31 août 2022. (ALEXANDER ZEMLIANICHENKO / AP)

En Namibie et en Afrique du Sud, la disparition de Mikhaïl Gorbatchev ravive le souvenir d'un pan important de leur histoire : la lutte pour l'indépendance. En sonnant le glas de la guerre froide, le dernier dirigeant de l'Union soviétique (URSS), qui s'est éteint le 30 août 2022 à l'âge de 91 ans, a contribué de façon décisive à la fin de l'apartheid et à l'avènement de la démocratie dans ces pays. 

"Redevable"

"En faveur de notre propre libération, Mikhaïl Gorbatchev a maintenu le soutien de l'Union soviétique à notre lutte dans la période critique qui a conduit à la levée de l'interdiction du mouvement de libération et à notre transition vers la démocratie", a déclaré le président sud-africain Cyril Ramaphosa dans un communiqué (lien en anglais), au lendemain de la disparition de l'homme politique russe. L'hommage du chef de l'Etat sud-africain est l'un des plus étoffés qui ait émané du continent. 

"Mikhaïl Gorbatchev était un homme d''Etat qui a su concilier son amour pour son pays et la promotion de ses intérêts avec la vision d'un monde où les conflits seraient réduits", a souligné Cyril Ramaphosa. L'Afrique du Sud s'estime ainsi " grandement redevable du soutien apporté" par l'URSS "pendant une longue période - y compris pendant le mandat de M. Gorbatchev - au mouvement de libération de l'Afrique du Sud et aux luttes anticoloniales en Afrique australe", précise le communiqué de la présidence sud-africaine. 

Mikhaïl Gorbatchev "a fait partie intégrante du système qui a soutenu les luttes de libération en Namibie et en Afrique australe, ainsi qu'en Afrique et dans le monde", a confié pour sa part Jerobeam Shaanika du ministère namibien des Relations internationales et de la Coopération à The Namibian (lien en anglais). 

Effet domino 

Pour Chris Saunders, professeur émérite à l'Université du Cap en Afrique du Sud, l'aide de l'URSS aux branches militaires des mouvements de libération - l'Organisation populaire du Sud-Ouest africain (SWAPO, Namibie) et le Congrès national africain (ANC, Afrique du Sud) - "a été essentielle pour leur permettre de mener des luttes armées contre le régime sud-africain". Sans ce soutien, écrit-il dans The Conversation, ces partis politiques "n'auraient peut-être pas survécu en exil, ni finalement accédé au pouvoir". Cependant, poursuit-il, "ce ne sont pas ces luttes armées qui les ont amenés au pouvoir" mais plutôt "le fait qu'à partir de 1988, l'équilibre des forces dans la région a changé". Et Chris Sauders de conclure : "Gorbatchev a joué un rôle majeur à cet égard".

De fait, quand il accède au poste de secrétaire général du comité central du Parti communiste de l'Union soviétique en 1985, Mikhaïl Gorbatchev décide dans la foulée de désengager son pays des guerres régionales où il est impliqué, notamment en Afghanistan et en Angola. Dans ce pays lusophone d'Afrique, une  guerre civile a éclaté en 1975 après l'indépendance du Portugal. Le conflit angolais, qui est un épisode de la guerre froide en terre africaine, oppose le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) à l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita). Le MPLA est soutenu par l'URSS dont le bras armé est Cuba et l'Unita a le soutien des Etats-Unis et de l'Afrique du Sud, qui occupe non seulement une partie du territoire angolais mais aussi la Namibie voisine.

En décembre 1988, grâce aux initiatives diplomatiques de l'URSS de Gorbatchev, un accord de paix est signé à New York, aux Etats-Unis, pour mettre fin à la guerre civile en Angola et obtenir l'indépendance de la Namibie. Il prévoit le retrait des forces cubaines du territoire angolais ainsi que celui de l'Afrique du Sud du sol namibien. Si le conflit en Angola se poursuivra en dépit de l'accord de 1988, la Namibie, elle, deviendra un Etat indépendant en 1990. "Le succès de la transition namibienne a rendu possible la transition sud-africaine qui a suivi". L'expérience de la Namibie permettra au nouveau président sud-africain, Frederik de Klerk, d'œuvrer à la fin de l'apartheid en tendant la main à l'ANC de Nelson Mandela qui deviendra en 1994 le premier président noir de l'Afrique du Sud indépendante.  

Deux visages de l'influence russe

"De de tous les facteurs externes qui ont contribué à la fin de l'apartheid en 1994, l'effondrement des régimes communistes d'Europe de l'Est et le processus qui a conduit à la fin de l'Union soviétique doivent compter parmi les plus importants. Et c'est à Gorbatchev que nous le devons", insiste Chris Saunders de l'université du Cap.

Ainsi, sous Gorbatchev et avec un succès relatif, l'Union soviétique a participé à l'éclosion d'Etats sur le continent, à l'instar de l'Angola, de l'Afrique du Sud ou encore de la Namibie.

Après avoir renoncé à instrumentaliser les pays africains dans le bras de fer Est-Ouest à la fin des années 80, la Russie apparaît aujourd'hui comme l'alliée d'Etats défaillants comme le Mali ou la Centrafrique, même si elle peut toujours se targuer d'avoir le soutien de régimes qui font plus l'unanimité sur le continent. 

La disparition de Mikhaïl Gorbatchev rend inévitable la comparaison avec Vladimir Poutine qui n'assistera pas aux obsèques de l'ancien dirigeant russe le 3 septembre. Sans surprise et en l'espace de trois décennies, Gorbatchev et Poutine incarnent pour la postérité deux visages diamétralement opposés de l'influence russe sur le continent africain. 

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