Gambie : l'inquiétante possibilité d'un retour en politique de l'ex-dictateur Yahya Jammeh

Le parti au pouvoir a conclu une alliance avec la formation politique du président déchu. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des manifestants brandissent les visages de victimes du régime de Yahya Jammeh, l'ancien président de la Gambie, lors d'une manifestation demandant qu'il soit traduit en justice à Banjul, la capitale gambienne, le 25 janvier 2020. (ROMAIN CHANSON / AFP)

Les Gambiens en ont froid dans le dos et se demandent si le président Adama Barrow n'est pas en train d'ouvrir la boîte de Pandore depuis que la nouvelle leur est officiellement parvenue. Le parti politique de l'ancien dictateur gambien Yahya Jammeh a annoncé le 5 septembre 2021 une alliance avec le parti au pouvoir à trois mois du scrutin présidentiel, jetant un doute sur la volonté de poursuivre l'ex-dirigeant pour des violations présumées des droits de l'Homme.

Le secrétaire général de l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC) de Yahya Jammeh, Fabakary Tombong Jatta, a expliqué lors d'une conférence de presse à Banjul, la capitale gambienne, que sa formation avait conclu un accord avec le Parti national des Peuples (NPP) du président Adama Barrow. Objectif : soutenir ce dernier lors de la présidentielle du 4 décembre 2021. Le retour de l'ancien dictateur semble être l'une des conditions d'un accord dont les termes restent inconnus. "Notre objectif est que l'ancien président Jammeh revienne dans ce pays de manière pacifique et dans la dignité", a déclaré Fabakary Tombong Jatta, laissant ainsi entendre qu'un retour d'exil de l'ex-dictateur en cas de réélection de l'actuel président était une des clauses de l'alliance. 

Un scénario cauchemardesque

Fatou Jaw-Manneh, une ancienne journaliste ayant obtenu l'asile politique aux Etats-Unis sous l'ère Jammeh, devenue conseillère en communication d'Adama Barrow, a donné sa démission à la suite cette annonce. Elle a récemment confié les raisons qui ont motivé sa décision à la BBC, faisant écho au sentiment de bon nombre de ses compatriotes. "Cela fait plus de 22 ans que nous essayons de déraciner Yahya Jammeh. C'est un dictateur. Il a fait du mal à beaucoup de Gambiens. Le pays est encore dans la douleur. Nous ne sommes pas encore guéris. (...) Nous nous demandons comment faire une transition démocratique et je pensais que le président Barrow était la personne qu'il nous fallait. (...) Au lieu de cela, conclut-elle, il a juste ouvert la porte à cette dictature pour qu'elle revienne dans le pays." Pour elle, cette alliance est la décision d'un homme "avide de pouvoir", prêt à tout pour être réélu lors du prochain scrutin présidentiel. Cependant, s'indigne-t-elle, "il ne peut pas gagner à tout prix", rappelant que la victoire du président Barrow en 2016 est celle d'une autre alliance politique dont les objectifs ont toujours été clairs : en finir avec la dictature imposée par Jammeh.

Les associations de défense des droits de l'Homme estiment, selon les médias locaux, que cette alliance est une trahison. Une commission d'enquête sur les crimes commis sous la présidence Jammeh doit remettre en septembre ses conclusions au président Barrow. L'ancien dictateur gambien avait pris le pouvoir en 1994 lors d'un coup d'Etat militaire sans effusion de sang. Cependant, il a gouverné d'une main de fer ce petit pays d'Afrique de l'Ouest jusqu'en janvier 2017, date à laquelle il s'est enfui en Guinée équatoriale après avoir perdu l'élection présidentielle face à Adama Barrow, un relatif inconnu à l'époque.

Le gouvernement a ensuite créé une commission Vérité, réconciliation et réparations (TRRC) pour enquêter sur les crimes commis durant les vingt-deux ans de règne de Yahya Jammeh. La commission a entendu des témoignages glaçants sur la torture validée par l'Etat, les escadrons de la mort et le climat de terreur qui régnait sous l'ère Jammeh, y compris parmi ses proches. Ses conclusions sont très attendues par les ONG qui espèrent que la commission recommandera de poursuivre devant la justice l'ex-dictateur de 56 ans.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Politique africaine

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.