Burkina Faso : des dizaines de cadavres retrouvés dans des fosses communes

L'ONG Human Rights Watch accuse les forces gouvernementales d'être impliquées dans des exécutions extrajudiciaires de masse. 

Des soldats du Burkina Faso participent à une formation avec des instructeurs de l\'armée autrichienne au camp militaire du général Bila Zagre, près de Ouagadougo, au Burkina Faso, le 13 avril 2018. 
Des soldats du Burkina Faso participent à une formation avec des instructeurs de l'armée autrichienne au camp militaire du général Bila Zagre, près de Ouagadougo, au Burkina Faso, le 13 avril 2018.  (ISSOUF SANOGO / AFP)

Au moins 180 cadavres ont été retrouvés dans des fosses communes à Djibo, une ville du nord du Burkina Faso, a déclaré Human Rights Watch (HRW), estimant qu'il s'agissait vraisemblablement de victimes d'exécutions commises par les forces gouvernementales. Dans un rapport publié ce mercredi 8 juillet, HRW indique que "les preuves disponibles suggèrent que les forces du gouvernement ont été impliquées dans des exécutions extrajudiciaires de masse" et appelle le gouvernement burkinabè à demander des comptes aux responsables. L'ONG a recueilli de nombreux témoignages.

Tant de morts ont eu les yeux bandés, ont eu les mains attachées ... et ont reçu une balle dans la tête. Les corps que j'ai vus sont apparus le matin… jetés pendant la nuit, à la périphérie de Djibo, une ville sous le contrôle de l'armée et au milieu d'un couvre-feu imposé et surveillé par l'arméeUn habitant de Djiboà HRW

"Les habitants de Djibo devraient se sentir protégés et non terrifiés par leur propre armée. (...) Il est indispensable que les autorités du Burkina Faso mettent un terme aux exécutions extrajudiciaires par des enquêtes crédibles et indépendantes", déclare Corinne Dufka, directrice pour l’Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch

"Uniformes volés"

Le gouvernement burkinabè a déclaré à HRW qu'il allait enquêter sur les accusations. Selon le ministre de la Défense, Cheriff Sy, ces meurtres pourraient avoir été commis par des groupes jihadistes ayant utilisé des uniformes et de l'équipement militaires volés. "Il est compliqué pour la population de faire la distinction entre des groupes terroristes armés et les forces de défense et de sécurité", a dit le ministre de la Défense. 

Le Burkina Faso est aux prises depuis 2017 avec des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique. Des centaines de civils ont été tués et près d'un million de personnes déplacées par le conflit, qui touche aussi le Niger et le Mali, pays voisins. Des ONG reprochent au gouvernement son laxisme à l'égard de violations de droits présumées rapportées dans le passé, malgré la promesse des autorités de mener des enquêtes et de juger les responsables.