Algérie : avec la dissolution du Rassemblement Actions Jeunesse, le régime franchit un nouveau palier dans la répression du mouvement démocratique

En s'attaquant à une association emblématique et historique de la société civile algérienne, née après les événements de 1988, Alger tente d’étouffer toute reprise du Hirak.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le mouvement pro-démocratie Hirak tente de poursuivre ses manifestations pacifiques, malgré l'interdiction des rassemblements en raison de la pandémie de coronavirus (Alger, le 26 mars 2021). (RYAD KRAMDI / AFP)

Le président Abdelmadjid Tebboune durcit encore un peu plus la répression du Hirak, le mouvement démocratique algérien. Le tribunal administratif d'Alger a prononcé le 13 octobre 2021 – sur requête du ministère de l’intérieur  la dissolution du Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), une ONG historique engagée dans le combat pour la démocratie depuis sa création en 1992.

Née quatre ans après les émeutes du 5 octobre 1988, journée où la jeunesse algérienne a manifesté dans la rue son mécontentement et crié son sentiment d’abandon, le Rassemblement Actions Jeunesse a formé plusieurs générations de jeunes à la citoyenneté, en favorisant leur engagement dans la vie de la Cité.

Dissoudre le RAJ

Cette dissolution du RAJ intervient dans un contexte extrêmement répressif et régressif en Algérie où le pouvoir livre une guerre sans merci aux militants du Hirak, interdisant les marches hebdomadaires et harcelant judiciairement ses opposants. Le pouvoir algérien mal élu (77% d'abstention lors des dernières législatives) et contesté dans la rue veut empêcher toute reprise du mouvement démocratique avec la fin de la crise sanitaire. Pour cela, il réprime tous azimuts, y compris les plus modérés, dans une volonté d’éteindre définitivement la contestation populaire qui s’est fait jour le 22 février 2019 et de ne laisser aucune place à l'expression la société civile.

Depuis des décennies, le RAJ représente une jeunesse algérienne, motivée et responsable, agissant pacifiquement pour la citoyenneté et le changement démocratique en Algérie. "Le RAJ a été et reste l’un des lieux les plus importants en Algérie où pour les jeunes, s’élabore une autre voie que l’exil (Harga), la violence ou la résignation", affirme un communiqué de l’organisation Free Algeria, coordinatrice de la diaspora algérienne en France.

Le seul tort du RAJ est de revendiquer pacifiquement un Etat de droit démocratique en Algérie et d’avoir écrit aux parlementaires européens pour dénoncer les arrestations arbitraires dans leur pays.

"La décision de dissoudre le Rassemblement Actions Jeunesse (...) est un indicateur alarmant de la détermination des autorités à durcir leur répression contre le militantisme indépendant"

Anna Guellali, directrice-adjointe pour la région Mena à Amnesty International

"Un coup dur pour les droits humains"

Selon un bilan de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH), au 30 juin 2021, il y avait 304 détenus d’opinion en Algérie. Plus de 10 000 arrestations arbitraires ont eu lieu depuis février 2019. Plusieurs membres du RAJ  notamment son président Abdelouahab Fersaoui  ont fait l'objet de poursuites judiciaires et neuf d'entre eux ont été incarcérés. Fustigeant une décision "injuste", le RAJ a indiqué qu'il allait "se battre et défendre l'association pour qu'elle continue à exister".

"Ce verdict ne va pas nous affaiblir, n'effacera pas les 28 ans d'existence, de résistance et de lutte pour la citoyenneté, la liberté et la démocratie", a réagi le RAJ dans un communiqué en annonçant que leurs avocats allaient faire appel.

Amnesty International a qualifié cette décision de "terrible coup dur pour les droits humains en Algérie". Amna Guellali, directrice-adjointe pour la région Mena à Amnesty International, a dénoncé une décision ayant pour conséquence de "supprimer les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique".

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