L'activiste ougandaise Stella Nyanzi condamnée à 18 mois de prison pour cyberharcèlement envers le président Museveni

La militante n'a pas perdu une once de sa combativité pendant son procès, alors qu'elle est déjà détenue depuis environ neuf mois. 

L\'universitaire Stella Nyanzi le 26 juin 2019 pendant son procès pour cyberharcèlement au tribunal de Buganda Road, à Kampala, la capitale ougandaise. 
L'universitaire Stella Nyanzi le 26 juin 2019 pendant son procès pour cyberharcèlement au tribunal de Buganda Road, à Kampala, la capitale ougandaise.  (JAMES AKENA / X02107)

L'universitaire et militante ougandaise Stella Nyanzi a été condamnée, le 2 août 2019, à 18 mois d'emprisonnement par un tribunal ougandais pour avoir harcelé en ligne le chef de l'État, Yoweri Museveni et sa mère défunte. Elle avait été reconnue coupable la veille.

L'accusation pour propos offensants a été, elle, abandonnée, selon son avocat Isaac Semakadde. Ce qu'a d'ailleurs regretté sa cliente. Pour protester contre le prononcé de son verdict, qui lui a été imposé par vidéoconférence parce qu'elle ne voulait pas y assister, l'activiste a fait un doigt d'honneur et dévoilé sa poitrine.   

L'universitaire a été inculpée et placée en détention en novembre 2018 pour avoir posté sur son compte Facebook des propos jugés "obscènes" à l'encontre du président Museveni et de sa mère décédée en 2001. "Vous auriez dû mourir à la naissance, Yoweri Kaguta Museveni", écrit-elle dans le texte publié le 16 septembre 2018.

Elle faisait référence à l'anniversaire du chef de l'État et regretté dans un langage cru que celui-ci ait vu le jour. Stella Nyanzi, qui a déjà passé près de neuf mois en prison, effectuera donc les neuf mois restants de sa peine.  

Lors de son procès, la chercheuse n'a pas perdu de son mordant. Elle a réitéré ses propos. "J'ai l'intention d'offenser Yoweri Museveni Kaguta parce qu'il nous a offensés pendant plus de 30 ans", a-t-elle déclaré. 

Ses commentaires sur Facebook, où elle est suivie par plus de 200 000 personnes, divisent la société ougandaise, un pays largement conservateur, mais dont une partie de la population, notamment parmi la jeunesse, souhaite le départ du président.

"Les paroles dites vulgaires sont parfois la meilleure option pour faire passer un message", confiait-elle à l'AFP en 2017 pour justifier le recours à un vocabulaire cru. Chercheuse associée à la prestigieuse université de Makerere à Kampala, poste dont elle a été suspendue, Stella Nyanzi est titulaire d'un doctorat sur les sexualités africaines.

En 2017, l'activiste ougandaise avait déjà été arrêtée et placée en détention pour avoir notamment comparé le président Museveni, au pouvoir depuis 1986, à une "paire de fesses". Elle avait aussi multiplié les attaques nominatives contre la ministre de l'Education, qui n'est autre que l'épouse du président Museveni, lui reprochant d'avoir renoncé à une promesse de campagne sur la fourniture gratuite de serviettes hygiéniques pour les jeunes filles scolarisées.

"Ce verdict est scandaleux et va à l'encontre de l'obligation de l'Ouganda de défendre le droit à la liberté d'expression (...) et témoigne de la profondeur de l'intolérance du gouvernement à la critique", a déclaré Joan Nyanyuki, directrice régionale d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Est, la Corne de l'Afrique et les Grands Lacs. 

Les messages de soutien affluent sur la Toile notamment sous le hashtag #FreeStellaNyanzi.