En Afrique de l'est, on kidnappe des touristes, mais surtout des habitants

Les enlèvements de touristes sont une plaie dans l’Est africain et la région des Grands Lacs. Ils ont même contraint certains parcs nationaux à la fermeture. Mais si ces actes font grand bruit dans la presse occidentale, on parle moins des enlèvements visant d'abord les populations locales.

Des touristes dans le parc national de Murchinson Falls (Ouganda), en mars 2018. (Photo d\'illustration)
Des touristes dans le parc national de Murchinson Falls (Ouganda), en mars 2018. (Photo d'illustration) (ANTOINE LORGNIER / ONLY WORLD)

Le 2 avril 2019, dans le parc national Queen Elizabeth, en Ouganda, quatre hommes armés ont tendu une embuscade à un mini bus transportant des touristes. Une Américaine de 35 ans et son chauffeur ont été pris en otage et une rançon de 500 000 dollars a été réclamée.

Ouganda, RDC, Kenya, aucun de ces pays n’y échappe. Certains cumulent attaques terroristes, enlèvements crapuleux et opérations de braconnage. Ainsi, le parc national des Virunga (PNVI) dans le Nord-Kivu en RDC a été interdit aux touristes pendant plus de neuf mois. En mai 2018, trois personnes dont deux touristes y ont été enlevées. Un ranger a trouvé la mort lors de l’attaque.

En un peu plus de deux mois, le parc national a affiché un bilan dramatique : deux militaires, un civil, cinq gardes et un chauffeur ont été tués lors de diverses attaques d'hommes armés non identifiés. En 20 ans, 176 personnes y ont été tuées. Emmanuel de Mérode, son directeur, a lui-même survécu à une attaque en 2014.

L'abri de la forêt

De l’autre côté de la frontière, à l’est, on trouve l’Ouganda et le parc national Queen Elizabeth. La porosité des frontières et les forêts impénétrables favorisent les coups de main et la fuite, dans cette région instable qui pullule de groupes armés.

Le Kyambura lodge dans le parc national Queen Elizabeth en Ouganda.
Le Kyambura lodge dans le parc national Queen Elizabeth en Ouganda. (ANTOINE LORGNIER / ONLY WORLD)


C'est en Ouganda justement, le 1er mars 1999, que 14 touristes occidentaux séjournant dans le parc animalier de Bwindi sont enlevés par une centaine de rebelles hutus rwandais. Le parc est, lui aussi, proche de la frontière avec la RDC. L’enlèvement est, cette fois, politique, les rebelles accusant Américains et Britanniques de soutenir la minorité tutsie au Rwanda. Le rapt se passe mal. Huit otages sont tués : quatre Britanniques, deux Américains et deux Néo-Zélandais. Les six autres otages sont finalement libérés.

Le Kenya avec ses parcs animaliers et ses sites côtiers attirent les touristes et avec cette double destination les risques d’enlèvement sont plus élevés. Ainsi en 2013, il y a eu environ 74 enlèvements avec demande de rançon. Souvent les étrangers sont enlevés à proximité des frontières.

D'abord les femmes et les enfants

Mais ne nous y trompons pas, les premières victimes de ces prises d’otages sont avant tout les populations locales. En 2018, les évêques ougandais s’alarmaient de l’augmentation du nombre d’enlèvements. 42 cas pour les quatre premiers mois de l’année. "Les victimes sont majoritairement des femmes et des enfants et le versement de la rançon par les familles ne garantit pas toujours leur retour", écrivait le journal La Croix.

En RDC, dans le Nord-Kivu, on enlève des enfants, mais également des prêtres. En particulier lorsqu’ils s’engagent dans le champ politique et social. Quand l’église réclame "le respect des valeurs comme la justice, la paix et la réconciliation", les bandes armées ne tardent pas à réagir et kidnappent des religieux.

Même si ces actions sont globalement crapuleuses, elles peuvent avoir un effet direct sur l'économie, en faisant fuir les touristes. Un aspect qui inquiète les autorités kényanes.