Mauritanie : des ONG veulent mettre "la situation déplorable" des droits de l'Homme au menu de la campagne présidentielle

Alors que les Mauritaniens sont appelés à élire leur président le 22 juin 2019, Amnesty International et une trentaine d'ONG ont interpelé les candidats à propos de l'esclavage toujours actif dans le pays.

A Chinguetti, en Mauritanie, une affiche électorale présente le candidat du pouvoir Ould Ghazouani à l\'élection présidentielle prévue le 22 juin 2019.
A Chinguetti, en Mauritanie, une affiche électorale présente le candidat du pouvoir Ould Ghazouani à l'élection présidentielle prévue le 22 juin 2019. (CARMEN ABD ALI / AFP)

En Mauritanie, les violences faites aux femmes et la perpétuation de l'esclavage, malgré son abolition officielle, ne figurent pas au centre des préoccupations des six candidats en lice pour le scrutin présidentiel, dont le premier tour est prévu le 22 juin 2019. C'est pourquoi, plus de 30 ONG présentes dans le pays et emmenées par Amnesty International, se rappellent au souvenir des prétendants. Leur but : faire signer aux candidats un manifeste contenant 12 engagements en faveur des droits de l'Homme. 

"Il faut que le prochain président mauritanien s'attaque de toute urgence à la situation déplorable du pays en matière de droits humains", ont déclaré les associations dans un communiqué. Le prochain président devra adopter "une position plus ferme à l'égard de l'esclavage, de la traite des êtres humains et des attaques contre le droit à la liberté d'expression, y compris les manœuvres d'intimidation et le harcèlement visant les défenseurs des droits humains qui dénoncent la discrimination", estiment ces organisations.

Mariages forcés et ventes d'esclaves

Le scrutin de juin devrait marquer la première passation de pouvoir entre un président sortant, Mohamed Ould Abdel Aziz – dont le second mandat s'achève en août et qui ne peut pas se représenter  et son successeur élu, dans ce pays désertique d'Afrique de l'Ouest qui a connu de nombreux coups d'Etat de 1978 à 2008 et où la charia est la source du droit.

L'esclavage a été aboli en 1981 en Mauritanie. Mais la pratique persiste, selon les ONG, notamment sous forme de cession gratuite par les descendants d'esclaves d'une partie de leur récolte à leurs maîtres traditionnels, ou encore sous forme de mariages forcés d'esclaves et même de ventes.

En août 2015, la Mauritanie a adopté une nouvelle loi faisant de l'esclavage un "crime contre l'humanité", réprimé par des peines allant jusqu'à 20 ans de prison, mais rien n'y fait, le poids de la coutume est plus lourd que tout.

Un seul candidat a réagi à la demande des ONG

En 2016, environ 43 000 personnes étaient encore réduites en esclavage, soit environ 1% de la population totale, selon des estimations d'organisations spécialisées.

Parmi les six candidats déclarés, autorisés depuis le 7 juin à tenir des meetings, seul le militant anti-esclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid (déjà candidat en 2014) a promis, s'il est élu, d'appliquer les 12 recommandations d'Amnesty International en faveur des droits humains. Le dauphin du président sortant Ould Ghazouani, donné favori, stipule, lui, dans son programme qu'"une action d'envergure sera engagée pour éradiquer définitivement les séquelles de l'esclavage, panser les plaies laissées par le passif humanitaire (allusion aux violences inter-ethniques de 1989 à la frontière avec le Sénégal, NDLR) et résorber toutes formes de disparités sociales".

La population mauritanienne (4,42 millions d'habitants) se compose de communautés arabo-berbère, haratine (descendants d'esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle issue d'ethnies subsahariennes (Peuls, Soninkés et Wolofs).