Nouvelle Constitution: quelles avancées pour les Marocaines ?

Le Maroc a adopté une nouvelle Constitution le 1er juillet 2011 qui affirme l’égalité entre hommes et femmes. Mais qu’en est-il dans les faits, depuis la victoire aux législatives de novembre 2011 du parti islamiste modéré Justice et Développement, dont est issu le Premier ministre ?

Marche de femmes, le 2 mars 2012, dans la région de Tinghir, à 160 km de Ouarzazate. Elles demandent une meilleure redistribution des bénéfices de la compagnie minière qui exploite des gisements d\'argent.
Marche de femmes, le 2 mars 2012, dans la région de Tinghir, à 160 km de Ouarzazate. Elles demandent une meilleure redistribution des bénéfices de la compagnie minière qui exploite des gisements d'argent. (AFP PHOTO / ABDELHAK SENNA)

Si la nouvelle Constitution sépare un peu plus les pouvoirs entre le Parlement et le roi – elle garantit l’indépendance de la justice, le respect des libertés publiques et donne une égalité civile et sociale aux femmes –, Mohammed VI garde de nombreuses prérogatives.

Le roi peut toujours dissoudre l’Assemblée ou présider le Conseil suprême judiciaire. Mais aussi maintenir l’Islam comme religion d’Etat dans un Maroc conservateur plutôt que d’instaurer la liberté de croyance, ce qui exclut la laïcité.

L’ancien code de la famille considère les femmes comme des mineures
Ainsi, la Charia, qui n’interdit pas strictement la polygamie, continue d’influencer la vie de la famille marocaine. Et l’égalité entre les sexes reste trop souvent à l’état d’idée dans une société dont le Coran reste la référence.

Avant l’indépendance, en 1956, la laïcité était associée au colonialisme. Les affaires privées et le code de la famille, laissés aux imams sous l’autorité royale, constituait alors un maillon de l’identité des Marocains.

Si les femmes ont obtenu le droit de vote en 1963, c’est seulement en 1996 qu’elles ont eu les mêmes droits politiques que les hommes.

 

Egalité hommes-femmes inscrite dans la constitution

aireproductions, le 3 juillet 2011

 

Un pays où 60% des illettrés sont des femmes
La minorité éduquée a toutes les peines du monde à se hisser en haut de l’échelle hiérarchique au sein des entreprises. Seulement 23% d’entre elles travaillent, surtout dans le secteur public.

Un rapport de mai 2012 a mis l’accent sur un autre problème qui touche les très jeunes filles: 30.000 mineures de moins de 15 ans sont employées comme domestiques. Il pointe «la pauvreté, l'analphabétisme et le manque d'infrastructures dans les zones rurales», comme pourvoyeurs de cette main d’œuvre bon marché. Si un projet de loi interdisant cette pratique a été élaboré par le gouvernement précédent, il n’a toujours pas été adopté.

Le travail au féminin n’est accepté que pour des raisons économiques. Il est considéré comme secondaire par une société restée traditionnelle, pour qui la place d’une femme est au foyer.

Autre chantier, l’abrogation de la loi sur le mariage des femmes violées
Le viol est puni de plusieurs années de prison, à moins que la victime et son agresseur se marient, ce qui le protège de la justice.

Le 10 mars 2012, le suicide d'une adolescente de 16 ans, contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée, avait provoqué une forte émotion dans l'opinion. Le gouvernement a eu beau déplorer un acte de désespoir généré par la loi et la société, l'article de loi autorisant ce genre de mariage est toujours en vigueur.

Le gouvernement a du pain sur la planche
Certains considèrent toutefois la réforme de la Constitution comme une première étape vers la démocratisation du Maroc et les prémices d’un changement. D’autres estiment que rien ne se fera sans volonté politique, surtout en raison de la lenteur d’évolution des mentalités.

La ministre de la Solidarité et de la Famille Bassima Hakkaoui, seule femme du gouvernement islamiste, n'a pas évoqué l'abrogation de l'article incriminé ni l'amendement d'autres textes du code de la famille. Elle préfère, comme pour d’autres sujets brûlants, un débat préalable.

Même si elle a mis en avant «le poids des familles et de l'entourage immédiat» pour justifier la lenteur des évolutions, Bassima Hakkaoui, en préconisant «la création de centres de vigilance, de dénonciation», a suscité quelques espoirs chez les féministes.

 

Lors d\'une manifestation à Rabat, le 17 mars 2012, quelques jours après le suicide d\'Amina al-Filali, mariée à son violeur.
Lors d'une manifestation à Rabat, le 17 mars 2012, quelques jours après le suicide d'Amina al-Filali, mariée à son violeur. (AFP PHOTO / STR)

 

L'Interruption volontaire de grossesse interdite par le code pénal
Selon la loi, «l'avorteur et l'avortée ainsi que les personnes intermédiaires, sauf quand il s'agit de préserver la santé ou la vie de la mère», encourent jusqu’à deux ans de prison.

Résultat, les avortements sont souvent pratiqués illégalement : on compte de 600 à 800 IVG médicalisées et 200 non-médicalisées chaque jour. Une légalisation pour les «cas extrêmes», notamment «le viol, l'inceste ou les malformations profondes du fœtus» est à l’étude.

Plus d’ouverture aux femmes à la vie publique dans les partis islamistes
Ainsi, le Parti de la Justice et du Développement compte 25% d’élues contre 12% en moyenne pour les autres partis.

Le chemin de l’égalité des sexes est encore long et il est lié à celui de la démocratie. Si le Maroc a été épargné par les révoltes du «Printemps arabe», les Marocaines ont  pris conscience du travail à mener pour libérer leur condition.

Elles intègrent, de plus en plus nombreuses, des organisations féministes comme le Fonds pour les femmes en Méditerranée ou encore la Fondation Ytto. Cette association organise chaque année des caravanes dans les zones rurales pour proposer des visites médicales, des initiations à la gestion financière, et conduit une campagne assidue contre le mariage forcé des petites filles.