Le pillage des fossiles de dinosaures se poursuit au Maroc

Erfoud à environ 30 km de la frontière algérienne, au sud-est du Maroc, est "le plus grand musée de fossiles à ciel ouvert du monde". C’est aussi le plus gros marché paléontologique qui soit, légal ou pas.

Paradis des paléontologues amateurs ou professionnels, Erfoud au Maroc est pillée par le business des fossiles. Des milliers de fossiles, mais aussi des squelettes de dinosaures quittent le pays chaque année.
Paradis des paléontologues amateurs ou professionnels, Erfoud au Maroc est pillée par le business des fossiles. Des milliers de fossiles, mais aussi des squelettes de dinosaures quittent le pays chaque année. (SEBASTIAN CASTELIER/SIPA)

Erfoud à environ 30 km de la frontière algérienne, au sud-est du Maroc, est "le plus grand musée de fossiles à ciel ouvert du monde". C’est aussi le plus gros marché paléontologique qui soit, légal ou pas.

Cette région est une bénédiction pour les amateurs, les savants, les commerçants et… les trafiquants. Ici, il y a 500 millions d’années, s’étendait la mer. Et la vallée ne compte pas moins de 500 variétés de fossiles, dont des pièces remarquables comme des squelettes fossilisés de dinosaures vieux de 65 millions d’années. La modeste pluviométrie a fait le reste. La faible érosion ainsi qu’une végétation peu développée permettent de récupérer facilement des milliers de fossiles.

Des pièces rares qui sont vendues au vu et su de tous. En l’absence d’une législation claire, et sans doute avec force bakchich, tout se vend et tout s’achète. En 2017, la vente aux enchères à Paris du squelette d’un plésiosaure (un reptile marin), a fait grand bruit. Nul ne sait comment il avait pu quitter le sol marocain. Désormais, le ministère concerné et l’Association pour la protection du patrimoine géologique (APPGM) cherchent à concevoir un dispositif pour établir un plan d’action.

Mais pendant ce temps, les affaires continuent et le plan de protection tarde à venir. Au départ de la chaîne, il y a ceux qu’on appelle "les extracteurs". En 2016, l’AFP, s’appuyant sur des estimations locales, avançait le chiffre de 70% de la population d’Erfoud qui vivrait de cette activité. "Tu crois qu'on aime creuser des montagnes ? On ne fait pas ça pour le plaisir", explique Hami à un journaliste de Vice. "Quand tu as 20 personnes qui t'attendent pour que tu leur ramènes de quoi manger, tu ne fais pas ça pour le plaisir. Sans ça, les gens d'ici, ils vont vivre de quoi ? Il y a trois choses ici en dehors du fossile : les dattes, les pierres et le sable." 

Un commerce juteux

30 000 personnes vivent à Erfoud. Ce qui fait un joli nombre de ramasseurs potentiels. Comme à chaque fois dans ces chaînes, le premier maillon ne gagne pas le plus. Un ramasseur confie à Libération qu’il peut vendre certaines pièces 3500 dirhams (329 euros) à un grossiste. Ce même fossile sera vendu allègrement dix fois plus cher aux touristes ou aux collectionneurs.

Reportage AFP Vidéo

Les fossiles sont partout. Y compris dans la pierre extraite d’une carrière en toute légalité. Les plaques incrustées de trilobites sont découpées et finissent en lavabo ou en jacuzzi.

Tout ce commerce, qu’il soit légal ou pas, dilapide un trésor national. De plus en plus de Marocains sont sensibles à cette fuite.