Sécurité au Sahel : Paris souhaite une plus forte implication du Sénégal, rare pays solide de la région

Le Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique s'est ouvert le 18 novembre à Dakar, en présence du Premier ministre français Edouard Philippe. 

Le Premier ministre français Edouard Philippe à Dakar le 17 novembre 2019, en compagnie du président sénégalais Macky Sall, des ministres français de la Défense Florence Parly et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.
Le Premier ministre français Edouard Philippe à Dakar le 17 novembre 2019, en compagnie du président sénégalais Macky Sall, des ministres français de la Défense Florence Parly et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. (SEYLLOU / POOL)

L’escalade de la violence jihadiste au Sahel est au cœur de la visite du Premier ministre français Edouard Philippe à Dakar, dans le cadre du Forum international sur la paix et la sécurité. La situation s'est détériorée dans toute la région ces derniers mois. Début novembre, une embuscade contre le convoi d'une société minière canadienne dans l'est du Burkina Faso a fait 38 morts. Un soldat français de l'opération Barkhane a aussi été tué par un engin explosif au nord-est du Mali, au lendemain de l'assaut, dans la même région, contre un camp militaire malien. Une attaque revendiquée par le groupe Etat islamique qui a fait 54 morts.

Sénégal : un pôle de stabilité dans la région

C'est dans ce contexte sécuritaire très dégradé que ce Forum international sur la paix en Afrique a été organisé en urgence dans la capitale sénégalaise. Un pays clé qui fait figure de pôle de stabilité dans la région. "Une chose est sûre : les groupes jihadistes profiteront, dès qu'ils le pourront, de nos faiblesses, de nos manques de coordination ou de nos insuffisances en termes de moyens, d'engagements ou de formation", a déclaré Edouard Philippe en ouverture du Forum, le 18 novembre.

Il a exhorté à ne "laisser aucune chance, aucune prise" aux groupes jihadistes dans le Sahel et a demandé l'implication du Sénégal et de tous les Etats d'Afrique de l'Ouest.

Même si ces Etats ne sont pas confrontés de manière directe à l'extension de la menace terroriste, ils détiennent une partie de la solution pour la combattreEdouard PhilippeAFP

Dakar, qui doit porter l'effectif de son armée de terre de 20 000 à 30 000 hommes d'ici à 2025 "a vocation à faire partie du partenariat pour la sécurité et la stabilité (au Sahel) annoncé au G7 de Biarritz" en août, dont "les modalités sont en cours d'élaboration", précise-t-on à Matignon. A ce titre, le Sénégal pourra apporter un soutien aux forces du G5-Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad et Mauritanie).

"L'ONU doit se réformer (...) dans sa politique de maintien de la paix, qui n'est pas en adéquation avec les enjeux" sécuritaires au Sahel, a lancé le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. "Des forces régionales mobiles, plus légères et connaissant mieux le terrain doivent être davantage privilégiées, plutôt qu'une force lourde et statique", a-t-il ajouté.

"Combattre le terrorisme au Sahel est à la fois un devoir de solidarité et un impératif de sécurité collective, a renchéri le président sénégalais. En Afrique et hors du continent nous sommes tous menacés, nous avons tous intérêt au maintien de la paix"Macky Sall a mis en garde "Autrement, les forces terroristes, vaincues ailleurs, en Irak ou en Syrie, vont trouver dans les zones de vulnérabilité en Afrique des sanctuaires où ils vont prospérer, se réorganiser." Il a réclamé "un mandat plus robuste au Mali" permettant aux forces de l'ONU d'être plus offensives.

L’opération française Barkane a montré ses limites

le G5-Sahel, qui compte 5 000 militaires chargés de lutter contre les jihadistes, a montré ses limites. Mal équipés et mal entraînés, trop statiques, ils sont victimes d’attaques surprises très meurtrières. L'armée française et ses 4 500 militaires présents dans la région depuis 2014 (opération Barkhane) ont  également du mal à surveiller et sécuriser un territoire grand comme l'Europe.

Edouard Philippe a estimé toutefois que "dans certains territoires, nous sommes parvenus sinon à éradiquer, du moins à contenir, voire à faire reculer la menace jihadiste. (...) Dans d'autres territoires en revanche, cette menace se développe", prospérant "sur un terreau de tensions préexistantes" et tirant profit "de la corruption et des trafics", a-t-il ajouté.

Depuis janvier 2019, plus de 1 500 civils ont été tués et un million de personnes ont été déplacées à l’intérieur des cinq pays sahéliens.