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Mali. Les islamistes maliens du Nord se retournent contre Aqmi

Ansar Dine, l'un des principaux groupes islamistes armés occupant le nord du Mali, a fait part de sa volonté de lutter contre les "mouvements étrangers".

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Des combattants d'Ansar Dine, le 7 août 2012 à Kidal (Mali). (ROMARIC OLLO HIEN / AFP)

MALI - La menace d'une intervention armée dans le nord du Mali produit ses effets. Les islamistes maliens d'Ansar Dine viennent d'opérer un revirement de taille. Ils se sont dits prêts mercredi 14 novembre à "débarrasser" leur zone d'influence du Nord-Mali du "terrorisme" et des "groupes étrangers". Le message est clair, les Algériens terroristes, notamment Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ne sont plus les bienvenus dans le Nord-Mali. Mieux, Ansar Dine annonce renoncer à imposer la charia dans tout le pays, pour ne l'appliquer que dans une zone restreinte.

Depuis avril, Ansar Dine occupe le nord du pays avec les jihadistes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao). Mais le groupe a récemment pris ses distances avec les deux autres mouvements islamistes.

Les jihadistes d'Aqmi persona non grata

Les déclarations de Mohamed Ag Aharib, porte-parole du mouvement Ansar Dine à Ouagadougou (Burkina Faso), visent directement Aqmi et le Mujao. Si des "négociations" sont engagées avec les autorités maliennes, "on peut envisager les voies et les moyens par lesquels on peut se débarrasser du terrorisme, du trafic de drogue et des mouvements étrangers", a-t-il affirmé. Pourtant, selon le think tank International Crisis Group, Ansar Dine était hier financé par Aqmi, riche des rançons obtenues grâce à plusieurs prises d'otages.

Mais avant le sommet d'Abuja (Nigeria), qui a réuni dimanche des chefs d'Etat africains pour discuter d'une intervention militaire, Ansar Dine, mouvement surtout composé de Touareg maliens comme son chef Iyag Ag Ghaly, avait déjà envoyé des signaux en appelant les autres groupes armés et Bamako au dialogue. Le mouvement est engagé dans des discussions avec le président burkinabè, Blaise Compaoré, médiateur de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

L'ombre de la charia se retire pour une partie du pays

Seconde annonce de taille, le renoncement à appliquer la charia dans tout le pays. "Nous renonçons à l'application de la charia sur toute l'étendue du territoire malien, sauf dans notre région où la charia sera appliquée en tenant compte de nos réalités", a déclaré Hamada Ag Bibi, l'un des membres d'Ansar Dine présent à Ouagadougou, sans plus de précision. Ansar Dine applique la loi islamique dans son fief de Kidal, dans le Nord-Est, dans son acception la plus stricte, avec amputations et lapidations.

Succès des diplomaties burkinabè et algérienne

Ce revirement spectaculaire d'Ansar Dine survient alors que la menace d'une intervention militaire africaine se précise : des dirigeants de la Cédéao et d'autres pays africains ont décidé dimanche à Abuja d'envoyer 3 300 militaires durant une année pour aider l'armée malienne à chasser les groupes islamistes du Nord.

Mais ce changement d'attitude d'Ansar Dine est avant tout un succès diplomatique de l'Algérie et du Burkina Faso qui sont ainsi parvenus à diviser les groupes armés qui tiennent le nord du Mali. Alger et Ouagadougou militent depuis des mois pour distinguer les terroristes des islamistes jugés plus fréquentables. Ces deux Etats frontaliers redoutent notamment une contagion de la menace en cas d'intervention militaire. Le Mouvement de national de libération de l'Azawad vient d'ailleurs d'annoncer qu'il allait entamer des discussions avec Ansar Dine. 

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