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Le rôle incertain de l’Algérie dans le conflit malien

Le groupe islamiste Ansar el-Dine s’est emparé du nord du Mali. Au sud, les autorités de Bamako essayent de conserver un semblant d’Etat. L’Algérie voisine était attendue comme la médiatrice privilégiée du conflit. Mais…
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Le président déchu du Mali Amadou Touré et le président algérien Abdelaziz Boutéflika, octobre 2011. (AFP/FAROUK BATICHE )

La stabilité du Sahel dépend de la résolution du conflit au Mali. Mais il ne semble pas près du dénouement. Les principaux partis réclament la démission du Premier ministre malien, Cheick Modibo Diarra, qui n'a pas réussi à former un gouvernement de transition. Cet échec est le énième épisode de la crise malienne qui a commencé avec la révolte touareg en janvier 2012 et  le coup d’état de l’armée du 22 mars qui a renversé le président Amadou Toumani Touré.

Les militaires ont pris le contrôle des médias lors du coup d'Etat
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TV5 Monde, mars 2012.

Depuis, le pays s’est scindé en deux. Au nord ce sont les islamistes d’Ansar el-Dine qui commandent. Leurs buts : imposer la charia dans tout le pays et étendre leur influence dans la région. Entre-temps, les touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), à l’origine du conflit, ont perdu de leur superbe. Leur alliance avec les islamistes, divisés en plusieurs groupes, s’est avérée être une stratégie dévastatrice pour leurs revendications indépendantistes.

Les différents groupes islamistes présents dans le nord-Mali sont divisés
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Arte, juillet 2012.

Ira, ira pas
De nombreux Maliens attendent une intervention armée pour retrouver la paix. Les pays voisins ont longtemps tergiversé et sont restés en retrait. Ils se sont contentés d’assister aux nombreuses réunions de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour discuter de l’affaire malienne. La position des 15 pays regroupés au sein de cette institution a évolué. Ils proposent maintenant l’intervention d’un contingent de 3.000 soldats avec le soutien des puissances occidentales.

Ce n’est pas le cas de l’Algérie qui n’appartient pas à la CEDEAO. Le pays a condamné le coup d’Etat mais est resté silencieux par la suite. C’est le 3 juillet 2012, après avoir exprimé ses réserves, qu’Alger a donné le feu vert à une intervention militaire. Auparavant, les autorités algériennes avaient assisté à une intense valse diplomatique : les Français, les Américains et les Britanniques les empressaient d’agir.

L’entrée en scène du Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), dissident d’Aqmi, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Alors que les islamistes d’Ansar el-Dine ne s’aventurent pas en territoire algérien, le Mujao a signé une déclaration de guerre contre l’Algérie, cible de nombreuses attaques ces derniers mois. Dernière en date : une prise d’otages  par des islamistes à Gao. L’Algérie est revenue sur sa décision et plaide désormais pour une solution politique.

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AFP, juillet 2012.

Les Nations-Unies vont dans le sens de l’Algérie en privilégiant la voie diplomatique. Celle-ci se montre impuissante face aux islamistes qui circulent dans un territoire s’étendant sur près d’un million de kilomètres carrés. Près de deux fois la France.  

L’Algérie, leader de la région
Principale puissance militaire de la zone, l’Algérie est en mesure de déployer ses forces armées. Mais le conflit malien intervient alors que la classe politique algérienne est concentrée sur ses affaires intérieures, comme les élections législatives anticipées et la présidentielle de 2014. Par ailleurs, le président Abdelaziz Boutéflika est confronté à une série de conflits sociaux et s’évertue à empêcher un Printemps arabe algérien.

Les choix diplomatiques contradictoires d’Alger déconcertent les Maliens, dans la mesure où leur grand voisin du Nord s’était positionné comme médiateur lors de nombreux conflits dans le Sahel.

C’est lors de deux révoltes touaregs au Mali entre 1991 et 1995 ainsi qu’en 2006 jusqu’en 2009 que l’Algérie a contribué à établir un processus de paix entre son voisin du sud et ses populations touaregs.

Au tournant des années 2000, à la fin de la guerre civile algérienne, le pays a souhaité jouer le rôle de leader de la lutte anti-terroriste dans la région. Alger a alors signé en 2010 le plan Tamanrasset avec le Niger, le Mali et la Mauritanie. Ce fut le début d’une coopération militaire conjointe. Dans le même temps, l’Algérie a accordé une aide au développement d’environ 10 millions d’euros à Bamako.

Des relations complexes
Malgré cette volonté de rapprochement, les relations entre les deux pays restent tendues. D’après Alger, Bamako s’est montré laxiste avec Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), notamment, pendant la présidence Touré. De plus, le Mali est jugé incapable de protéger les informations confidentielles que les deux pays partagent. Du côté malien, certains militaires ont toujours affirmé que l’Algérie était responsable de la prolifération du terrorisme dans la zone. Et ils ont fortement critiqué le refus de ce pays de déployer son armée. Des responsables maliens accusaient même leur voisin de profiter du trafic qui traverse la frontière.

Au-delà des récriminations, le plan Tamanrasset n’a pas fait ses preuves. L’Algérie a surtout voulu l’accord dans le but d’empêcher une présence occidentale appuyée même avant le conflit. Mais les autres pays du Sahel souhaitent l’aide occidentale, encore plus aujourd’hui. D’ailleurs, une mission militaire a été dépêchée par l’ONU, l’UA et la CEDEAO pour faire un bilan poussé en vue d’une intervention des forces militaires africaines voisines.

Alors que le nord du Mali est en train de devenir un repère de terroristes et que sa situation politique s’enlise, la stratégie diplomatique de l’Algérie ne change pas. Elle se résume finalement à rester en retrait tout en voulant conserver sa position de poids lourd de la région. C’est donc Blaise Compaoré, le chef d’Etat burkinabè, qui est devenu le médiateur officiel du conflit malien.

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