Rougeole, aléas climatiques, pauvreté… Tous ces maux qui accablent Madagascar

Une réunion a récemment rassemblé à Antananarivo des bénévoles d’une ONG française et des travailleurs sociaux malgaches pour faire le bilan d’un an d’activités auprès de plusieurs centaines de familles de la Grande Ile. L'occasion de passer en revue nombre des problèmes qui touchent ce pays classé par l’ONU parmi les plus pauvres du monde. 

Un tireur de charrette au milieu des voitures à Antananarivo, capitale de Madagascar, le 20 décembre 2018.
Un tireur de charrette au milieu des voitures à Antananarivo, capitale de Madagascar, le 20 décembre 2018. (THEMBA HADEBE/AP/SIPA / AP)

"Nous sommes inquiets, car ici les difficultés de la vie quotidienne s’aggravent !", s’exclame en début de réunion Marguerite, assistante sociale (son prénom a été modifié), qui visite régulièrement les familles parrainées par l’association dans plusieurs régions de Madagascar. "Il y a les embouteillages de rue, les pluies de cette fin d’été tropicale, la rougeole", poursuit Marguerite. En quelques mots, celle-ci a résumé quelques-uns des maux les plus graves qui touchent la société malgache.

Epidémie

L’épidémie de rougeole revient souvent au cours de la réunion. De septembre 2018 au 4 mars 2019, celle-ci a été à l’origine de 1 141 décès et a touché 98 415 personnes sur l’ensemble de l’île, selon des chiffres officiels. "D’habitude, ce sont les bébés qui sont concernés. Mais là, nous voyons aussi des adultes", observe Henri, un collègue de Marguerite. "Les campagnes de vaccination dans les grandes villes portent leurs fruits, mais les villages de brousse sont toujours dévastés", notait la chaîne Réunion la 1ère, le 15 mars 2019. Pour autant, les témoignages recueillis directement à Antanarivo montrent que les zones urbaines sont elles aussi largement concernées. L’épidémie serait d’autant plus problématique que certaines familles refuseraient la vaccination de leurs enfants.

L’élection d’un nouveau président, Andry Rajoelina, le 19 décembre 2018, peut-elle changer la donne en matière sanitaire, comme dans d’autres ? "On espère qu’il va faire des choses !", dit une intervenante malgache.

Des enfants attendent d\'être vaccinés contre la rougeole dans un dispensaire proche d\'Antsiranana (nord de Madagascar) le 27 février 2019.
Des enfants attendent d'être vaccinés contre la rougeole dans un dispensaire proche d'Antsiranana (nord de Madagascar) le 27 février 2019. (MAMYRAEL / AFP)

Délestages d’électricité et pénuries d’eau

D'autant que la vie des acteurs associatifs intervenant dans le secteur socio-éducatif est perturbée par les incertitudes politiques. Des changements pourraient intervenir dans le calendrier scolaire : il se dit notamment que les trimestres pourraient devenir des bimestres, faisant évoluer les dates des vacances, ce qui ne facilite pas l'organisation d'activités...

De son côté, le secteur universitaire est perturbé par la grève des étudiants et des enseignants-chercheurs, mouvement qui dure depuis plusieurs mois. Les jeunes "mouvementés", comme le dit joliment Laure, une autre travailleuse sociale, dénoncent notamment les problèmes de logement. D'autres demandent une augmentation des indemnités de recherche. Alors que "l’Etat n’en a pas les moyens", observe Laure.

Autant de problèmes révélateurs d’une société qui apparaît désorganisée aux yeux de l’observateur étranger… Ce ne sont pas les seuls, loin s’en faut. "Il y a toujours les délestages d’électricité", observe Sylvie, collègue de Marguerite, Laure et Noémie. Et à la saison sèche (mai à septembre), "il y a les pénuries d’eau".

"Dans certains villages, des queues se forment aux fontaines publiques. Et à Tana (abréviation d'Antananarivo, NDLR), le fleuve ne peut pas approvisionner tout le monde", poursuit Sylvie. Dans la capitale, même en pleine saison des pluies, certaines fontaines sont elles aussi taries, comme on pouvait le constater en mars 2019, dans un quartier proche du Palais de la reine, sur la colline royale d’Ambohiminga, site classé au Patrimoine mondial de l’Unesco

Eboulements

A la saison humide (octobre à avril), on assiste à des inondations, comme celles qui ont affecté, depuis début 2019, ce que les Malgaches appellent les "bas quartiers" de la capitale. Au cours de la réunion, les participants malgaches ont également évoqué les glissements de terrain, provoqués en janvier par de fortes pluies dans le secteur du Palais de la reine. Lesquels auraient fait, selon eux, une vingtaine de morts, d’autres sources faisant état de 9 victimes dans la capitale.

Inondation dans le sud d\'Antananarivo le 6 janvier 2018.
Inondation dans le sud d'Antananarivo le 6 janvier 2018. (LAETITIA BEZAIN / DPA)

Il a donc fallu évacuer les habitants concernés. "Mais ils ne voulaient pas partir. Ils ont hérité des maisons où ils vivent depuis leur naissance. C’est la terre de leurs ancêtres", constate Laure. Autre problème: "Ils sont relogés loin" du centre de la capitale. Ce qui augmente les temps de transport pour des personnes travaillant dans l'économie informelle. Et doivent souvent beaucoup circuler pour aller d’un petit travail à l’autre.

… et embouteillages

Un problème d’autant plus vital que dans la journée, la capitale est paralysée par d’énormes embouteillages. On peut ainsi mettre plusieurs heures pour faire quelques kilomètres. Aux dires des chauffeurs de taxi, ces encombrements sont en augmentation constante. Ils seraient entre autres provoqués par les migrations vers les grandes villes. Notamment vers Antananarivo, dont l’agglomération regrouperait 10% des 25,6 millions de Malgaches. Cette circulation intense ne peut qu’aggraver les problèmes de pollution et de santé publique.

Paysans travaillant dans une rizière près d\'Antananarivo le 30 octobre 2013.
Paysans travaillant dans une rizière près d'Antananarivo le 30 octobre 2013. (THOMAS MUKOYA / X90150)

"Et où en est le prix du riz ?", demande l’un des bénévoles français à ses partenaires. Le riz, aliment de base essentiel de la population. "Il coûte 2100 ariary le kilo", répond l’un de ces derniers. Soit 0,52 euro. Petit détail qui n’en est pas un: en 2017, le "revenu national brut" (RNB) s’élevait à 400 dollars (352,8 euros au cours du 18 mars 2019) par habitant à Madagascar, aux dires de la Banque mondiale.

Au centre d\'Antananarivo en mars 2018. A gauche, le Rova de Manjakamiadana (ou palais de Reine), site inscrit au patrimoine mondial de l\'Unesco.
Au centre d'Antananarivo en mars 2018. A gauche, le Rova de Manjakamiadana (ou palais de Reine), site inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. (FTV - Laurent Ribadeau Dumas)